Saint-Valérien, rue du Gâtinais : productions céramiques et activités métallurgiques au Ier et IIe siècles de notre ère dans l'agglomération antique de Saint-Valérien
Rapport de fouille 2014
L’agglomération antique de Saint-Valérien a bénéficié depuis 2009 d’un regain d’intérêt né à la faveur de plusieurs projets immobiliers qui ont donné lieu à la prescription de quatre opérations de fouille préventives dont l’intervention au nº 31 de la rue du Gâtinais constitue la dernière en date. Ce rapport de fouille clôturait ainsi un cycle d’investigations sur la localité qui nous a permis de proposer une synthèse renouvelée de l’état des connaissances archéologiques à l’époque romaine.
Depuis l’édition du rapport les connaissances acquises sous le régime de l’archéologie préventive ont été complétées par des recherches programmées avec la mise en œuvre en 2017 d’une prospection géophysique dans le cadre des actions du PCR AggloCenE (Venault, Nouvel et coll., 2017, p. 187-259) (fig. 1 et 2). Réalisée par la société Geocarta, cette campagne de détection a permis de lever le voile sur une zone de quinze hectares s’étendant au sud de la voie Orléans – Sens, dont le potentiel se percevait seulement d’après des photos aériennes, laissant deviner une trame viaire orthogonale et quelques bâtiments. Les anomalies révélées ont confirmé l’extension de l’agglomération vers le sud avec la mise en évidence de douze îlots urbanisés délimités par les voies. De plan rectangulaire, aux contours réguliers, ces îlots occupent des emprises de surface inégale dont la dimension relève du multiple du jugère : cinq, quatre ou trois jugères.
L’intérêt des résultats réside avant tout dans la découverte de douze temples qui font passer la localité antique de Saint-Valérien du statut d’agglomération artisanale de bord de voie à celui de complexe cultuel de vaste ampleur. Un des îlots délimite une aire sacrée de 78 x 92 m occupée par trois temples (fig. 3 nº 21, 58, 60) adoptant un plan à cella unique à galerie périphérique ouverte vers l’est par un porche. À l’ouest, des alignements de cellules de petites dimensions se développant potentiellement selon un plan en U (nº 57) pourraient être assimilées aux vestiges d’horrea susceptibles de contribuer à l’économie du sanctuaire. Au sud, un autre îlot accueille un édifice cultuel inscrit dans un rectangle de 55 x 13 m comportant 5 cellae allignées (no 64). À l’est, quatre autres temples à plan centré se répartissent deux à deux dans deux autres îlots (nº 3, 4, 62, 63).
Les îlots gravitant autour des aires cultuelles ne présentent guère d’anomalies permettant d’isoler des structures à vocation domestique même s’il semble logique de leur attribuer des fonctions résidentielles. Seules des concentrations plus ou moins denses d’anomalies maculiformes évoquant des fosses pourraient trahir la présence d’habitation et des activités artisanales.
Outre l’apport de connaissances concernant le développement de l’agglomération antique, le grand intérêt de cette prospection a été cette découverte inattendue d’un ensemble cultuel de si grande envergure dans une localité située à seulement 15 km de Sens. Alors que les pratiques religieuses durant l’Antiquité étaient seulement illustrées sur la commune par une statuette en bronze de Mercure (Parruzot, 1959), une statue d’Epona issue d’un puits du Bas-Empire (Driard et Deyts, 2013) et une petite aire cultuelle mal caractérisée à l’est du Pré de la ville (nº 9) (Driard, 2010, p. 77-84), la découverte de ces 12 temples renouvelle totalement la perception que l’on pouvait avoir de cet habitat groupé de bord de voie. La présence d’une source apparaît à l’évidence comme un facteur déterminant à la fondation d’un sanctuaire autour duquel se serait développée l’agglomération. L’aménagement de cette source a nécessité des travaux de captage et de dérivation conséquents de manière à répondre aux besoins de l’agglomération, non seulement pour l’usage des temples, mais aussi pour celui d’un établissement thermal soupçonné en partie nord du site. En l’absence d’entretien des équipements hydrauliques, corollaire au déclin de l’habitat à l’Antiquité tardive, le ruisseau n’a pas tardé à reprendre son cours naturel, même si les résidents de l’époque ont essayé de s’adapter en drainant le bord du chenal avec des scories (Driard, 2010, p. 105). Si l’on en juge par les fouilles du Pré de la Ville (ibid.) et l’étendue la zone humide figurée sur la carte de l’état-major, ce retour à l’état hydrographique initial a sans nul doute signé la fin du fonctionnement du sanctuaire, qui était alors recouvert par les niveaux d’inondation.
Par son étendue dédiée aux pratiques cultuelles, estimée à près de 3 hectares, et ne serait-ce que par les dimensions de l’aire sacrée d’un des îlots qui, à elle seule, couvre 7000 m², Saint-Valérien s’impose comme un site religieux de premier ordre à l’échelle du territoire sénon, au même titre que les agglomérations de Chateaubleau/Riobé au nord, Triguères et Montbouy au sud, ou encore Sceaux-du-Gâtinais/Aquae Segetae à l’est. Toute tentative de hiérarchisation de l’activité religieuse d’un site fondée uniquement sur des critères surfaciques, en l’occurrence l’emprise estimée au sol des équipements associés à la pratique du culte, est un exercice qui prête le flanc à la critique, même si ce sont parfois les seules données dont dispose l’archéologue. De surcroît, il faut tenir compte, dans le cas présent, du caractère diachronique de l’information, la contemporanéité des édifices n’étant pas assurée, certains ayant pu disparaître dès l’époque romaine pour être remplacés par d’autres. On remarquera toutefois que les secteurs dédiés étaient suffisamment vastes pour que les temples se juxtaposent sans se superposer, ce qui tendrait à penser que l’aire cultuelle a fait l’objet d’un programme architectural planifié et conçu relativement tôt.
Aussi, compte tenu de ces réserves et en l’état des connaissances, on peut évaluer l’emprise consacrée aux usages publics et cultuels à 10% de la superficie supposée de l’agglomération (30 ha), voire 15 % si on intègre au calcul la surface occupée par les thermes. Un taux qui permet de comparer Saint-Valérien à la liste des agglomérations de rang 4, définie par Christian Cribellier dans le cadre du PCR relatif aux agglomérations secondaires antiques en région Centre-Val de Loire, c’est-à-dire celles qui « comportent des fonctions religieuses dominantes, signalées par une parure monumentale souvent disproportionnée par rapport à la taille générale de l’agglomération, et dont les fonctions économiques ne semblent pas très développées » (Cribellier, 2016, p. 57).
On constate ainsi que la voie Sens – Orléans est jalonnée de sanctuaires importants localisés à Saint-Valérien, Dordives, Sceaux-du-Gâtinais, Boiscommun-Chemault, la distance séparant chacun des sites depuis Sens étant de 15, 24, 12 et 22 kilomètres, soit une journée, à une demi-journée de marche. Effet de source ou réalité archéologique, les agglomérations connues placées sur cet axe, excepté Ingrannes/Fines et Beaune-la-Rolande, sont toutes dotées d’équipements cultuels disproportionnés par rapport au reste de l’habitat.
I. Données administratives, techniques et scientifiques
II. Résultats
1. Présentation de l’opération
1.1. Cadre de l’intervention
1.2. Contexte topographique, géologique et hydrographique
1.3. État des connaissances sur le site
1.4. Méthodologie et déroulement de l’intervention
2. Résultats
2.1. État de conservation des vestiges et critères de datation
2.2. La voirie
2.3. Artisanat de la terre cuite : une production de vases à usage culinaire
2.4. Artisanat du métal
2.5. Autres témoins de l’occupation
2.6. Analyses anthracologiques
2.7. Synthèse sur l’organisation du site et évocation architecturale du bâti bordant les rues
2.8. Conclusion
3. Bibliographie
4. Table des illustrations
Annexe – Répartition des déchets métallurgiques par structure
Inventaires techniques
Rapport de fouille
VENAULT, Stéphane (dir.). (2014). Productions céramiques et activités métallurgiques au Ier et IIe siècles de notre ère dans l'agglomération antique de Saint-Valérien : Saint-Valérien, rue du Gâtinais (Rapport de fouilles, 1 vol.). Dijon : Inrap Grand-Est-Sud. <https://dolia.inrap.fr/flora/ark:/64298/0132327>.
Rapport de diagnostic
VINCENT, Ghislain (dir.). (2011). Saint-Valérien, rue du Gâtinais 1 (Yonne) : atelier de potiers antique à Saint-Valérien (Rapport de diagnostic, 1 vol.). Dijon : Inrap Grand-Est-Sud. <https://dolia.inrap.fr/flora/ark:/64298/0121427>.
Publications et rapports cités dans l'introduction
CRIBELLIER, Christian. (2016). Agglomérations secondaires antiques en région Centre – Val de Loire (63e suppl. à la Revue archéologique du Centre de la France). Tours : FERACF.
DRIARD, Cyril. dir. (2010). Saint-Valérien (89), Le Pré de la Ville, rue du Chemin de César (Rapport de fouille, 3 vol.). Limoges : Eveha.
DRIARD, Cyril & DEYTS, Simone. (2013). Une statue d’Epona en tôle de bronze sur modèle en bois à Saint-Valérien (Yonne). Revue archéologique de l'Est, 62, 435-442. <http://journals.openedition.org/rae/7641>.
PARRUZOT, Pierre. (1959 ). Un nouveau Mercure découvert dans le Sénonais. Revue archéologique de l'Est, 11 (1), 29-32.
VENAULT, Stéphane, NOUVEL, Pierre (dir.), BILLOIN, David, CARD, Christophe, JAL, Morgane, MOUTON-VENAULT, Sylvie, SAGESSE, Adrien & VURPILLOT, Damien. (2017). Projet collectif de recherche, AggloCenE, Agglomérations antiques du Centre Est de la Gaule, inventaire archéologique, cartographie et analyses spatiales (Rapport d’activité 2017). Besançon : UMR Chrono-environnement. <https://agglocene.huma-num.fr/>.
VENAULT, Stéphane (dir.), AHÜ-DELOR, Anne, BELLAVIA, Valentina & CABBOÏ, Sandra (2022). Saint-Valérien, rue du Gâtinais : productions céramiques et activités métallurgiques au Ier et IIe siècles de notre ère dans l'agglomération antique de Saint-Valérien : Rapport de fouille 2014 (1 vol.). Paris : Inrap. (Documents d’archéologie préventive ; 32). <https://doi.org/10.34692/9nfp-q050>
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