Situé dans la commune de Roquelaure (Gers), l'oppidum de la Sioutat est l'un des plus importants de l'Aquitaine antique. Il fait l'objet depuis 2007 de fouilles programmées qui ont révélé un mobilier exceptionnel et la singularité d'un peuple aquitain : les Ausci.

Dernière modification
28 août 2019

L'Inrap et le laboratoire Traces de l’université de Toulouse-Jean-Jaurès mènent depuis 2007 des fouilles programmées sur l’oppidum de La Sioutat à Roquelaure. La campagne de recherches 2019 vient clore un programme de fouilles qui a révélé les particularités du peuple des Ausci (Ausques), admiré des Romains. Les campagnes de fouille s’achèvent en 2019 avec la découverte d’un mobilier exceptionnel dont un coin monétaire (équivalent d’une planche à billet pour les monnaies) qui témoigne de l’importance politique de l’oppidum des Ausci à l’échelle de toute la région aquitaine.

Les Ausci

Découvert dès la fin du XVIIIe siècle, le site de l'oppidum de La Sioutat a fait l'objet de campagnes de fouilles de 1962 à 1976, reprises en 2006 par l'Inrap et le Laboratoire Traces de l'Université Toulouse-Jean-Jaurès avec l'aide d'une trentaine d'étudiants en archéologie et de bénévoles. Depuis 2007, treize campagnes de fouilles se sont succédé sur une emprise de 1 450 m². Chaque été, les nombreux étudiants bénévoles ont été formés et ont travaillé au dégagement et à l’étude des vestiges archéologiques laissés par les Ausci, le plus important peuple aquitain cité par Jules César dans La Guerre des Gaules. Selon ce dernier, la Gaule se divisait en trois parties, l'une habitée par les Belges, une autre par les Celtes et une troisième par les Aquitains, différents des autres Gaulois par la langue (proche de l'Ibère), les coutumes et les lois.
L'Aquitaine était en réalité formée d'une multitude de cités et de peuples souverains dirigés par des magistrats ou des rois. Leurs territoires ne s'étendaient guère au-delà de quatre ou cinq cantons actuels, ainsi dans le Gers : les Elusates (Eauze), les Lactorates (Lectoure) et enfin les Ausques ou Ausci (Auch). Ceux-ci possédaient deux villes importantes, l'oppidum de Roquelaure et à quelques kilomètres au sud, Auch (Eliumberrum en latin). 

La capitale des Ausci

À une dizaine de kilomètres au nord de Auch, le promontoire rocheux sur lequel fut installé l’oppidum de La Sioutat offre un point de vue sur plus de vingt kilomètres à la ronde, une situation exceptionnelle qui a accordé aux Ausci un rôle stratégique dans l’occupation du territoire. Les recherches montrent que, dès le VIe siècle avant notre ère, une agglomération se développe sur le promontoire. L’espace est aménagé en terrasses pour faciliter l'installation des habitations et des espaces de stockage et il est protégé par un rempart. Les bâtiments de cette période comprennent une pièce unique de 20 m2 environ. Les murs en terre et en bois ont disparu, mais non les ancrages des poteaux servant d'ossature et les sols de terre battue ou pavés de tessons d'amphore.
Les vestiges archéologiques, fibules et vaisselle en bronze, sont nombreux et bien conservés. La présence d'éléments d'amphore de Marseille et de céramique grecque dite « attique » témoigne d'échanges commerciaux avec la Méditerranée dès le VIe siècle avant notre ère, devenus intenses aux Ier et IIe siècles avant notre ère grâce aux importations de vin. L'oppidum occupait en effet une place stratégique au sein de l’« Isthme gaulois », principal trait d'union entre la Méditerranée et l'Atlantique. Le vin, d'origine étrusque ou campanienne, puis tarraconnaise, transitait par le port de Narbonne puis par Toulouse, avant d'arriver à l'oppidum des Ausci. L'importance de ces arrivages est illustrée par le fait que le vin une fois consommé, les amphores étaient systématiquement réutilisées entières comme conteneur ou fragmentées comme matériau de construction (calage de poteaux, sols de maisons...). 

La période romaine

L'occupation du promontoire ne cesse pas à l'issue de la conquête romaine (entre 56 et 27 avant notre ère). Coalisés avec d'autres peuples aquitains, les Ausci font partie des vaincus, mais ils obtiennent un statut juridique particulier et très avantageux : le droit latin. Vers 30 avant notre ère, les constructions en bois et en terre cèdent la place à des maisons aux assises de pierre. Vers 20 avant notre ère, sur le versant sud du plateau, un immense palais (près de 2000 m2) est construit (peut-être pour un membre de l'élite indigène), dont certaines peintures murales, de qualité exceptionnelle (proches de celles de Pompéi), sont actuellement conservées au Musée des Jacobins à Auch.
La cité-oppidum perdure jusqu’au milieu du Ier siècle de notre ère, moment où elle est transférée à Auch qui devient le centre spirituel et politique de la région. Les raisons administratives, mais aussi la possibilité de jouir d'infrastructures modernes (égouts et réseaux d'adduction d'eau) difficiles à installer sur la surface accidentée de l'oppidum semblent expliquer cet abandon.

La campagne de recherches 2019 a été réalisée avec le soutien de la Drac Occitanie, de la communauté de communes du Grand Auch, de la mairie de Roquelaure, et avec l’accord du propriétaire du terrain,

Propriétaire : Philippe Comeille​
Contrôle scientifique : Service régional de l’Archéologie (Drac Occitanie)
Recherche archéologique : Inrap​
Responsable scientifique : Philippe Gardes, Inrap