Au 35 rue de Paris, dans la ville de Louvres, l'Inrap met au jour la partie agricole d'une ferme seigneuriale construite dans le secteur d'un habitat antique.

Dernière modification
16 octobre 2020


Depuis fin juin 2020, une équipe d’archéologues de l’Inrap mène, sur
prescription de l’État (Drac Île-de-France), une fouille au 35 rue de Paris à
Louvres (Val-d’Oise). Elle s’inscrit en amont d’un projet de cinquante-deux
logements et d’un commerce par le groupe Édouard Denis. Les recherches
portent sur des vestiges datant de l’Antiquité à nos jours.


Un habitat gallo-romain ?

Depuis une quarantaine d’année, de nombreuses opérations archéologiques sont
menées dans le centre de Louvres. Pour l’Antiquité, les connaissances portaient
jusqu’à présent plutôt sur les inhumations, l’habitat n’étant connu que par des
découvertes ponctuelles. Lors du diagnostic, le 35 rue de Paris avait livré
quelques indices (fosses, trous de poteaux, puits et niveaux) de la présence d’un
habitat sur ce secteur de la ville, datant au moins du Ier siècle de notre ère. Les
recherches en cours devraient donc préciser la nature de l’habitat et son
organisation, dans cette rue qui correspondrait à une portion de l’ancienne voie
romaine entre Paris et Senlis.

 


Les hauts et les bas de la rue de Paris au Moyen Âge


Le Moyen Âge s’étendant sur environ dix siècles, une distinction s’opère entre le
haut Moyen Âge (Ve-Xe siècles, époques mérovingienne et carolingienne) et le
bas Moyen Âge (XIe-XVe siècles), avec des types de vestiges archéologiques
différents.
Ainsi, à Louvres, deux sites mérovingiens importants ont fait l’objet
d’investigations au nord (nécropole de Saint-Rieul) et au sud (Ferme Baron) de la
parcelle du 35 rue de Paris. L’actuelle rue du Milton semble alors prendre le pas
sur la voie antique. Sur la parcelle fouillée, des vestiges de cette période – essentiellement des trous de poteaux et des silos – sont présents, en nombre plus restreint qu’aux périodes suivantes.
Au bas Moyen Âge, la rue de Paris reprend de l’importance, comme en témoigne
la création de l’Hôtel-Dieu. Au 35, la qualité des vestiges architecturaux (murs,
caves, lapidaires en réemploi, cheminées, etc.) pose la question du statut social
des occupants. L’analyse du mobilier récolté pendant la fouille, même s’il est peu
abondant, permettra peut-être d’affiner ces aspects.


Une ferme seigneuriale


À la fin du XVIe siècle, les sources écrites font mention d’une ferme seigneuriale
sur cette parcelle, attenante à l’hôtel des seigneurs de Louvres et d’Orville. Elle
changera de mains à plusieurs reprises (la tombe du dernier seigneur est encore
visible dans l’ancien cimetière de Louvres).

La zone actuellement fouillée correspondrait à la partie agricole de la ferme, avec
les granges et bâtiments d’élevage. Si le corps principal de l’habitation se trouve
en dehors de l’emprise de la fouille, un pigeonnier-porche dénote le statut
important de cette ferme. Au diagnostic qui avait également révélé une glacière, la
fouille actuelle ajoute de nombreux autres aménagements : un très grand abreuvoir, plusieurs zones dallées, ainsi que des sols carrelés et des cheminées à plusieurs endroits du site. La confrontation de ces données archéologiques aux archives affinera la compréhension des fonctions de ces différentes structures.