À Meaux, rue Saint-Fiacre, préalablement à la construction d’un immeuble d’habitations, l’État (Drac Île-de-France) a prescrit des recherches archéologiques menées par l’Inrap de juin à novembre 2018. 

Chronique de site
Dernière modification
07 septembre 2018

Sur près de 3 000 m², les archéologues étudient les vestiges d’un quartier de la ville antique de Ia(n)tinum au Ier siècle de notre ère afin d’en apprendre plus sur l’organisation de la ville et le mode de vie des Meldes (habitants de la ville de Meaux à l’Antiquité).
 

Un nouveau carrefour de rues antiques

Au cours du XIXe siècle, Antoine Etienne Carro, un historien local, reconnaît et interprète la découverte de quelques vestiges gallo-romains, apparus au cours de travaux urbains, comme un possible tracé de rues. La ville antique construite sur le modèle romain est organisée autour de voies perpendiculaires, et les habitations et les échoppes sont installées le long de ces rues.

La fouille de la rue Saint-Fiacre met au jour une intersection entre deux rues, un cardo (axe nord-sud) et un decumanus (axe est-ouest).  Elles se composent de nombreux niveaux de graviers et cailloutis plus ou moins compactés. Plus largement, l’ensemble s’intègre dans le réseau viaire de la ville antique de Ia(n)tinum dont la complexité se renforce au fur et à mesure des découvertes.

Le mobilier prélevé sur le cardo semble attester un abandon de ce dernier dès la moitié du Ier siècle. Les archéologues de l’Inrap supposent qu’il s’agit d’une rue secondaire par rapport au reste du réseau de voirie déjà étudié lors de fouilles précédentes à Meaux. Le decumanus offre, lui, un accès vers le théâtre antique, situé au niveau de l’actuelle rue Camille-Guérin.

Un quartier d’habitat ou d’artisanat ?

La fouille des diverses constructions bordant ces deux rues devrait apporter de précieuses informations quant au mode d’occupation gallo-romain. Les archéologues y recensent de nombreux murs et soubassements en pierres. Parfois, des niveaux de sols en terre ou en cailloutis compact leur sont associés. Plusieurs caves ont également été découvertes, remblayées par la démolition des maisons qui se trouvent au-dessus.
Vaisselle en céramique, restes osseux, éléments d’architecture en terre cuite comme les tuiles (tegula et imbrex) et même un fragment d’antéfixe (motif en terre cuite placé en bordure de toiture d’un édifice pour orner ou masquer l’extrémité d’une rangée de tuiles) sont autant d’indices susceptibles d’affiner la datation de ce quartier et son évolution, malgré l’impact des aménagements postérieurs sur les vestiges.

Pour le moment, les découvertes de mobiliers archéologiques ne permettent pas de trancher entre ces deux types d’occupation, l’architecture des habitations ou des quartiers artisanaux étant très proche à l’Antiquité.

L’enduit peint : un décor à la mode

La fouille d’un quartier urbain antique est propice à la découverte de peintures, l’enduit peint constituant le mode de décor plaqué le plus largement répandu. Consistant en l’application de pigments sur une surface enduite, cette technique peut être réalisée sur un enduit sec à l’aide d’un liant comme l’œuf mélangé au pigments, ou sur un enduit humide ce qui entraine une réaction chimique qui scelle les pigments dans l’enduit. Au-delà de sa fonction de protection du mur (ici en terre crue sur soubassement en pierres), l’enduit plus ou moins luxueux est un marqueur social.
La fouille de la rue Saint-Fiacre a dégagé de nombreux fragments de ces décors.  Les archéologues entrevoient les pratiques décoratives en cours dans la cité antique de Meaux au Ier siècle. Déjà, l’étude des peintures du pan de mur effondré in situ, découvert le long du cardo, montre qu’il y avait probablement une hiérarchisation des espaces. Un indice à prendre en compte dans l’identification de la fonction des lieux.

La fouille actuellement en cours rue Saint-Fiacre se déroule jusqu’à début novembre 2018. Les recherches se poursuivront ensuite par une longue campagne d’étude du mobilier découvert et l’interprétation des vestiges du site.

Dans le cadre des Journées européennes du Patrimoine, des visites guidées par les archéologues sont organisées sur le chantier de fouille.
Dimanche 16 septembre de 10h à 12h (dernière visite à 12h) et de 14h à 17h (dernière visite à 17h).

Plus d'info

 
Affiche des JEP 2018
Aménagement : CIG Promotion et Capelli
Contrôle scientifique : Service régional de l’archéologie (Drac Île-de-France)
Recherche archéologique : Inrap
Responsable scientifique : Christel Delozanne, Inrap