À Crisenoy, l'Inrap  a fouillé plusieurs structures s'échelonnant du Paléolithique supérieur au Hallstatt final / La Tène ancienne. La fréquentation à la Préhistoire est attestée par la découverte de silex, ainsi que par celle d’une fosse datée du Mésolithique, contenant un crâne de cerf. Un réseau fossoyé, une zone d’habitat et des fosses de rejets ainsi qu’un petit enclos carré, probablement funéraire indiquent la diversité des occupations dans ce secteur encore peu exploré de la Brie française.

Dernière modification
26 janvier 2021

Une fouille en milieu rural (6 755 m²) a été réalisée en 2017 à Crisenoy, à 9 km au nord-est de Melun, sur le plateau de Brie française. Le terrain est situé en bordure du village le long du ru d’Andy, sous-affluent de la Seine. De nombreux indices de fréquentations allant du Paléolithique supérieur aux époques récentes ont été mis au jour sur le site. L’occupation la plus importante correspond à une zone d’habitat datée du Hallstatt final / La Tène ancienne, contexte chrono-culturel peu connu dans l’environnement immédiat de Crisenoy. Deux autres découvertes, une fosse mésolithique avec un crâne de cerf et un enclos carré probablement funéraire de La Tène moyenne enrichissent également notre connaissance sur ce secteur peu investigué, ainsi que sur ces structures particulières.

Un dépôt de crâne de cerf inexpliqué

La parcelle fouillée se trouve sur le plateau de Brie française. Elle est recouverte de colluvions limoneuses de fond de vallon, surmontées sporadiquement par les lambeaux d’un paléosol dans lequel la présence de silex témoigne de la fréquentation du lieu du Paléolithique supérieur au Néolithique. S’ajoute à ces indices lithiques, la découverte rare en Île-de-France, d’une fosse circulaire profonde, datée par radiocarbone (sur charbon de bois) du Mésolithique récent/final.

Vue zénithale de l’enclos carré et du cerf en cours de prélèvement.

Vue zénithale de l’enclos carré et du cerf en cours de prélèvement.

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Inrap

À mi-hauteur du comblement, se trouvait le crâne d’un cerf élaphe, Cervus elaphus. Cette fosse s’intègre au corpus de fosses mésolithiques découvertes notamment en Champagne. La question de la fonction initiale de cette fosse reste, comme sur de nombreux « sites à fosses » du Mésolithique, ouverte : trou à eau, stockage, abri pour chasse à l’affût, piège…  Le dépôt du crâne de cerf pourrait quant à lui être le témoignage d’un geste à caractère rituel dont la signification est encore à comprendre.

Vue du cerf élaphe dans la fosse mésolithique.

Vue du cerf élaphe dans la fosse mésolithique.

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H. Civalleri, Inrap.

 

Des festins collectifs au Hallstatt final / La Tène ancienne ?

Après un hiatus de fréquentation du site à l’âge du Bronze, dans le même secteur privilégié que la fosse mésolithique, dominant légèrement le reste de l’emprise, une première occupation importante du Hallstatt final / La Tène ancienne a été identifiée. Elle est caractérisée par une dizaine de fosses, ayant servi de dépotoir, dont plusieurs d’entre elles contiennent des rejets de faune et, dans une moindre mesure, de céramique, s’apparentant à ceux de festins collectifs. Une seconde occupation s’installe par la suite au même endroit au cours du second âge du Fer. Il s’agit d’un enclos carré fossoyé de petite taille (4 m de côté). Bien que vide de sépultures, il présente la morphologie des enclos funéraires de La Tène moyenne en Île-de-France. Sont également aménagés durant l’âge du Fer de nombreux fossés sur l’ensemble du site, ainsi que, sur la partie méridionale, une zone de bâtiments sur poteaux, se développant probablement hors de l’emprise. Malgré l’indigence du mobilier dans les trous de poteau, il est vraisemblable que cette portion d’habitat, composé d’au moins 4 bâtiments, se rattache aux fosses détritiques du Hallstatt final / La Tène ancienne. Il ressortirait de ce site l’image assez classique de petites unités domestiques du Hallstatt final / La Tène, à la trame clairsemée dont les activités principales sont liées à une pratique d’élevage et d’agriculture de subsistance localisées sur des terrains fertiles à proximité de point d’eau. Le site de Crisenoy se démarque cependant par une consommation extraordinaire révélée par les restes fauniques identifiés comme de restes de festins collectifs que l’on peut associés à la présence peu commune d’une grande proportion de légumineuses, révélées par l’étude carpologique. L’emprise de la fouille pourrait donc avoir touché une zone privilégiée, lieu de regroupement d’un ou plusieurs groupements humains.

Vue d’une partie des restes osseux au fond d’une fosse Hallstatt final/La Tène ancienne.

Vue d’une partie des restes osseux au fond d’une fosse Hallstatt final/La Tène ancienne.

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Xavier Peixoto, Inrap

Enfin, sur la partie occidentale de l’emprise, la présence de mobilier gallo-romain dans les niveaux supérieurs semble indiquer la proximité d’une occupation antique hors emprise. Par la suite et jusqu’au futur aménagement, la seule présence de fossés drainants ou de limites parcellaires, indique que la parcelle est dévolue aux activités agricoles.

Plan général du site de Crisenoy
Aménageur :  Communauté de Communes Brie des Rivières et des Châteaux
Recherche archéologique : Inrap
Contrôle scientifique : Service régional de l’archéologie (Drac Île-de-France)
Responsable scientifique :  Gwenaëlle Desforges, Inrap