Contacts
Mahaut Tyrrell
chargée de communication médias
Inrap, pôle partenariats et relations avec les médias
01 40 08 80 24
mahaut.tyrrell@inrap.fr
Astrid Chevolet
chargée du développement culturel et de la communication
Inrap Grand Est sud
03 80 60 84 29
astrid.chevolet@inrap.fr
chargée de communication médias
Inrap, pôle partenariats et relations avec les médias
01 40 08 80 24
mahaut.tyrrell@inrap.fr
Astrid Chevolet
chargée du développement culturel et de la communication
Inrap Grand Est sud
03 80 60 84 29
astrid.chevolet@inrap.fr
Archéologie et histoire d’Huguenin Jacquin, Bourguignon du XIVe siècle
Publié le 11 octobre 2011 · Mis à jour le 23 Février 2012
code opération : CB04008502
code opération : CB04008502
La commune de Saint-Martin-du-Mont est située à une trentaine de kilomètres au nord-ouest de Dijon. Avant la construction de deux maisons particulières, dans le hameau de Cestres, au lieu-dit « La vie aux Maires », une équipe de l’Inrap fouille actuellement, sur prescription de l’État (Drac Bourgogne), un habitat médiéval de la seconde moitié du XIVe siècle, brutalement abandonné au début du XVe siècle.
Archéologie d’un habitat, lieu de négoce et de pouvoir
Les fouilles révèlent un grand bâtiment en pierre, à toiture en laves, des lauzes calcaires caractéristiques de l’habitat vernaculaire des plateaux bourguignons. L’ensemble semble se développer à partir d’un bâtiment rectangulaire d’au moins 19 m sur 8. L’intérieur de celui-ci se compose notamment d’une grande « pièce à vivre » organisée autour d’un imposant foyer central de 7,5 m2. Composé d’une couronne de grandes dalles, ce foyer « chauffant au large » rappelle les cheminées équipées d’une hotte suspendue au plancher supérieur, dites cheminées sarrasines. Au sud, une pièce quadrangulaire a été édifiée ultérieurement. Le mobilier mis au jour, des pichets et des mortiers, laisse supposer qu’il s’agit d’une cuisine. Par son architecture, son étonnant foyer, cette demeure se démarque nettement des modestes habitations bourguignonnes du bas Moyen Âge.
Le mobilier archéologique actuellement exhumé corrobore cette impression : de très nombreuses parures de vêtement, une ceinture de bronze dorée, un éperon, un manche de cuillère anthropomorphe et de très nombreuses monnaies, dont certaines à l’effigie d’Eudes IV, duc de Bourgogne (1315-1349), confirment le statut social des occupants. La découverte d’une matrice de sceau, ornée d’un personnage de profil entouré de trois fermaux (agrafes), et celle de poids monétaires révèlent que cette habitation fut également un lieu de négoce, voire de pouvoir.
Le mobilier archéologique actuellement exhumé corrobore cette impression : de très nombreuses parures de vêtement, une ceinture de bronze dorée, un éperon, un manche de cuillère anthropomorphe et de très nombreuses monnaies, dont certaines à l’effigie d’Eudes IV, duc de Bourgogne (1315-1349), confirment le statut social des occupants. La découverte d’une matrice de sceau, ornée d’un personnage de profil entouré de trois fermaux (agrafes), et celle de poids monétaires révèlent que cette habitation fut également un lieu de négoce, voire de pouvoir.
Où l’on apprend l’histoire d’Huguenin Jacquin et de sa lignée
L’archéologie des périodes historiques accède parfois à d’autres sources que les « archives du sol ». Circonstance heureuse pour les archéologues de l’Inrap, les archives écrites révèlent très probablement le nom du propriétaire de cette demeure et permettent ainsi d’établir le profil socio-économique, voire la biographie de ses occupants.
Issu d’une lignée de maires de Cestres, Huguenin Jacquin est un négociant en laine lié au commerce international par l’intermédiaire d’un certain Antonio dei Grassi, marchand milanais. En effet, à partir du milieu du XIVe siècle, les marchands lombards sont massivement présents sur les foires, où leur activité prédomine sur le marché de la laine, des chevaux ou même de l’usure. Dès 1360, Huguenin Jacquin est plège, c’est-à-dire caution, du marchand lombard. En 1376, le Bourguignon devient son créancier et fait saisir les laines d’Antonio dei Grassi. De 1383 à 1384, Huguenin Jacquin est châtelain de Talant et sert d’intermédiaire entre la duchesse Marguerite et ses « preneurs de cheptel ». Par la suite, sa fille Églantine épouse un certain Perrenot Poinsot de Saint-Seine. Elle poursuit le commerce paternel au tournant des XIVe et XVe siècles, notamment en compagnie de son fils, Guillaume, durant son veuvage. Guillaume deviendra à son tour maire de Cestres.
Si la mémoire collective a totalement oublié l’existence d’Huguenin Jacquin et de sa lignée, le nom de la parcelle actuellement fouillée, la « Vie aux Maires », perpétue une des charges qu’incarna cette famille de Cestres.
Cette fouille permet de mettre l’accent sur une figure rarement abordée par l’archéologie : celle d’un négociant rural, personnage puissant aux multiples activités : marchand, châtelain, représentant d’une communauté. Fortement ancré localement, il participe également au commerce international par l’intermédiaire de la laine, une matière première qui a fait la richesse des plateaux du Châtillonnais au Moyen Âge. Un ensemble de bâtiments contemporains de l’habitat d’Huguenin Jacquin, dévolus à l’élevage des ovins pour leur laine, a d’ailleurs été découvert à proximité.
Issu d’une lignée de maires de Cestres, Huguenin Jacquin est un négociant en laine lié au commerce international par l’intermédiaire d’un certain Antonio dei Grassi, marchand milanais. En effet, à partir du milieu du XIVe siècle, les marchands lombards sont massivement présents sur les foires, où leur activité prédomine sur le marché de la laine, des chevaux ou même de l’usure. Dès 1360, Huguenin Jacquin est plège, c’est-à-dire caution, du marchand lombard. En 1376, le Bourguignon devient son créancier et fait saisir les laines d’Antonio dei Grassi. De 1383 à 1384, Huguenin Jacquin est châtelain de Talant et sert d’intermédiaire entre la duchesse Marguerite et ses « preneurs de cheptel ». Par la suite, sa fille Églantine épouse un certain Perrenot Poinsot de Saint-Seine. Elle poursuit le commerce paternel au tournant des XIVe et XVe siècles, notamment en compagnie de son fils, Guillaume, durant son veuvage. Guillaume deviendra à son tour maire de Cestres.
Si la mémoire collective a totalement oublié l’existence d’Huguenin Jacquin et de sa lignée, le nom de la parcelle actuellement fouillée, la « Vie aux Maires », perpétue une des charges qu’incarna cette famille de Cestres.
Cette fouille permet de mettre l’accent sur une figure rarement abordée par l’archéologie : celle d’un négociant rural, personnage puissant aux multiples activités : marchand, châtelain, représentant d’une communauté. Fortement ancré localement, il participe également au commerce international par l’intermédiaire de la laine, une matière première qui a fait la richesse des plateaux du Châtillonnais au Moyen Âge. Un ensemble de bâtiments contemporains de l’habitat d’Huguenin Jacquin, dévolus à l’élevage des ovins pour leur laine, a d’ailleurs été découvert à proximité.
La fin tragique des Jacquin ?
La demeure des Jacquin semble avoir été abandonnée au début du XVe siècle. Les archéologues s’interrogent sur la fin brutale et probablement dramatique de cette demeure. En 1337, la guerre de Cent ans débute mais les années 1380-1417 voient en Châtillonnais bourguignon une terrible dépression démographique. Patrice Beck, professeur à l’université de Lille III, relate la disparition de 322 feux, soit plus de 50 % des foyers des environs de Saint-Martin du Mont. Les Jacquin ont abandonné sur le sol de leur demeure de nombreux biens personnels, souvent de valeur. Quelles pourraient en être les causes ? Les récurrences de la peste noire qui ravage la région peuvent-être l’une d’elles. Frappée par le fléau, la maison est abandonnée, sans espoir de retour. Les écorcheurs, ces bandes armées particulièrement féroces, peuvent aussi en être la cause.
Abandonnée en catastrophe, la demeure des Jacquin ne sera plus jamais réoccupée. Partiellement démantelée pour ses pierres, elle sera rapidement recouverte d’une couche de terre de colluvion, la parcelle trouvant une vocation agricole jusqu’à nos jours.
Abandonnée en catastrophe, la demeure des Jacquin ne sera plus jamais réoccupée. Partiellement démantelée pour ses pierres, elle sera rapidement recouverte d’une couche de terre de colluvion, la parcelle trouvant une vocation agricole jusqu’à nos jours.
Aménagement
Particulier
Contrôle scientifique
Service régional de l’archéologie (Drac Bourgogne)
Responsable scientifique
Patrick Chopelain

Voir l'album
-
Vue verticale prise depuis l’est du site© Denis Gliksman/Inrap -
Vue verticale prise par drone (l’ouest est en haut de la photo). On distingue au centre le grand bâtiment rectangulaire et sa division bipartite : dans la « grande salle » le foyer central et des banquettes contre le mur ouest, à l’ouest une pièce considérée comme étant une chambre. Au sud (à proximité de la pelle mécanique) la petite pièce subcarrée a recouverte une ancienne citerne. En raison de la présence d’un foyer, d’un placard, d’un mortier et de nombreux pichets, elle est interprétée comme étant une cuisine.© Denis Gliksman/Inrap -
Le foyer mesurait 3 m sur 2.50 m. Il est composé de deux éléments : une couronne composée de grandes dalles calcaires posées à plat et une couche très rubéfiée correspondant au foyer (diamètre : 1.30 m) surmontant un radier de pierres. Ce type de foyer « chauffant au large » rappelle les cheminées bressanes dites « sarrasines » qui superposent à ce foyer bas, un système de hotte suspendue au plancher supérieur pour évacuer les fumées et une mitre, souvent décorée, sur le toit.© Denis Gliksman/Inrap -
Placard mural dans la cuisine© Denis Gliksman/Inrap -
Radier de pierre dans la cour sud© Denis Gliksman/Inrap -
Seuil menant de la cour à la cuisine© Denis Gliksman/Inrap -
Vue de la pièce principale en cours de fouille (divisée en carrés d’1 m sur 1m)© Denis Gliksman/Inrap -
Matrice de sceau de Barti. de Flavigny. Décor : visage de profil encadré de trois fermaux (un fermail est une petite boucle)© Denis Gliksman/Inrap -
monnaie royale de Charles IV (émis entre 1326 et 1328)© Denis Gliksman/Inrap -
Élément de ceinture en cuivre doré avec un décor floral et une tête zoomorphe à l’extrémité (XIV e s.)© Denis Gliksman/Inrap -
Trois paillettes à motif floraux (éléments de ceintures)© Denis Gliksman/Inrap -
Valve de miroir en métal cuivreux© Denis Gliksman/Inrap -
Poids de compte en alliage cuivreux (3,4 g). Petite plaque parallépipèdique avec un décor de fleur de lys. Ce poids correspond à un 1/8 d’once. Il complète un autre poids trouvé lors du diagnostic qui équivalait à ¼ d’once. Il témoigne des activités de négoce qui se pratiquaient dans cette demeure.© Denis Gliksman/Inrap -
Clochette moulée en bronze blanc© Denis Gliksman/Inrap -
Deux billes en céramique avec traces de glaçure verte© Denis Gliksman/Inrap -
Pierre à aiguiser percée d’un orifice pour la suspension© Denis Gliksman/Inrap -
Élément de ceinture en métal cuivreux© Denis Gliksman/Inrap -
Cuiller en étain avec manche anthropomorphe© Denis Gliksman/Inrap -
Petite boucle de ceinture en bronze étamé© Denis Gliksman/Inrap -
Petite bague en argent. Le sertissage du chaton a disparu© Denis Gliksman/Inrap
- Téléchargez le communiqué de presse (pdf - <0.1 Mo)
Voir aussi
- Reportage vidéo : Archéologie et histoire d'Huguenin Jacquin, Bourguignon du XIVe siècle (27-10-2011)
- Émission de radio : Peste noire ou « écorcheurs » ? La fin tragique d’Huguenin Jacquin, marchand bourguignon du XIVe siècle (04-01-2012)
- Visite virtuelle : Visite virtuelle de la fouille de Saint-Martin-du-Mont (bourgogne) (11-10-2011)
- Iconothèque : voir tous les documents


