Communiqué de presse
12 février 2014

Contacts

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chargée de communication médias
Inrap, service partenariats et relations avec les médias
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mahaut.tyrrell@inrap.fr

Estelle Bénistant
chargée du développement culturel et de la communication
Inrap, direction interrégionale Grand Est nord
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Des chevaux dans la guerre à Bar-sur-Aube

Publié le 12 février 2014 · Mis à jour le 12 février 2014
code opération : BB 07 0271 01
À Bar-sur-Aube (Aube), une équipe de l’Inrap a réalisé, en 2013, la fouille archéologique préalable à l’aménagement d’une voie nouvelle et d’un lotissement, sur prescription de l’État (Drac Champagne). Bar-sur-Aube est l’antique Segessera, agglomération secondaire gallo-romaine de la cité des Lingons. L’objectif des archéologues était de vérifier la présence de la voie d’Agrippa, la branche orientale de la voie de l’Océan représentée sur la « Table de Peutinger » (une carte des routes et villes de l’Empire romain datée du IVe siècle de notre ère). À cette occasion, d’étonnantes tranchées remplies de restes de chevaux ont été découvertes.
Zoom:Des tranchées et des chevaux 

Des tranchées et des chevaux 

La fouille révèle tout d’abord 45 mètres d’une longue tranchée en zig-zag qui se prolonge au-delà des limites de la fouille. À l’intérieur de cet étroit espace apparait plus d’une quarantaine de carcasses de chevaux. Douze d’entre elles ont été finement fouillées dans deux segments, sur 12 m de long. De forte corpulence, ces chevaux de trait, disposés les uns sur les autres, ont été traînés jusqu’au bord de la tranchée avant d’être glissés avec soin dans cette fosse improvisée. La tête de chaque animal repose sur le poitrail du précédent, les membres relâchés vers le centre de l’excavation. La régularité d’une telle disposition dénote toute l’attention, voire le respect, porté à ces chevaux. Tous ont été inhumés en un laps de temps très court. Certains chevaux ont encore leurs sabots ferrés, d’autres ont été achevés ou abattus au sol par un coup porté derrière l’oreille. Les seuls artefacts recueillis dans les tranchées, sont les fers des chevaux et une boucle de harnais.

Guerres napoléoniennes ou conflits mondiaux ?

À quel événement tragique pourrait appartenir ce charnier ? 
Sur le plan historique, les archéologues pensent d’emblée aux champs de bataille des guerres napoléoniennes. La bataille de Bar-sur-Aube se déroula le 27 février 1814 et confronta les forces françaises à l’armée de Bohème (coalition autrichienne, russe et bavaroise), sur un terrain situé à seulement 1 km à l’ouest de la fouille, à Ailleville. L’essentiel des forces en présence se composait de bataillons d’artillerie à cheval et la division de cavalerie de Kellermann y perdit pas moins de 400 montures dans un seul assaut contre les défenses russes. À cette hypothèse s’oppose pourtant le plan en zig-zag de la tranchée qui ne correspond pas à une guerre de mouvement du début du XIXe siècle.
Une deuxième hypothèse repose sur la présence à Bar-sur-Aube du quartier général de futur maréchal Joffre en 1914. La ville aurait pu alors être sécurisée par des lignes de fortification dont éventuellement ces tranchées militaires établies à quelques centaines de mètres en avant d’une des principales portes de la ville (la porte Notre-Dame). Des chevaux blessés, redescendus du front situé à quelques dizaines de kilomètres au nord, auraient ainsi pu être soignés dans un hôpital vétérinaire spécialement affecté à ces malheureux compagnons d’armes (Croix Bleue).
Mais une recherche documentaire approfondie, l’étude des ossements et l’analyse des conditions d’enfouissement des carcasses privilégient une troisième hypothèse, celle de tranchées de défense civile mises en place au cours de la seconde Guerre Mondiale. La présence d’un site de réquisition de chevaux par les troupes d’occupation et celle d’un hôpital vétérinaire allemand (Pferdelazareth) à Bar-sur-Aube en 1940-41 sont par ailleurs avérées. Les traumatismes subits par les chevaux ne correspondent ni aux séquelles d’un bombardement ni à celles d’une extermination volontaire, mais vraisemblablement à celles d’un incendie. Aucun habitant témoin de cette période n’a gardé en mémoire l’incident, mais, dans les derniers jours de l’occupation allemande, la population civile de Bar-sur-Aube a dû faire face à bien d’autres vicissitudes.

La voie Agrippa 

La fouille a établi que la voie reposaient sur un solide radier mis en œuvre dès la période augustéenne, peu après la Conquête. Si la largeur de la zone de roulement n’excédait pas quelques mètres, l’emprise de cet axe de communication stratégique atteignait une trentaine de mètres, large emprise foncière sur laquelle aucun obstacle, aucune installation ne devait constituer un risque pour la circulation des attelages et des montures. L’usage de la voie durant tout le Moyen Âge est confirmé par la présence de nombreux fers à chevaux arrachés et abandonnés dans de profondes ornières. Au cours de cette période, une importante fréquentation et un mauvais entretien de la chaussée ont entrainé la détérioration et l’arasement du radier antique. L’étude des fers et tessons de céramique retrouvés dans les sillons creusés par les roues des derniers attelages confirme une utilisation pérenne de ce tracé.

La fouille des Varennes aura ainsi permis de dissiper une controverse archéologique sur le tracé de la voie de l’Océan dans l’Aube et d’écrire une nouvelle page de l’histoire moderne de Bar-sur-Aube. Elle témoigne, par ailleurs,  des difficultés d’interprétation, par l’archéologie seule, de certains vestiges et des évènements qui leurs sont liés. Des fers perdus sur la voie médiévale à ceux laissés aux sabots des chevaux « morts pour la France », le site des Varennes à Bar-sur-Aube illustre une nouvelle fois cette relation particulière qui lie l’homme au cheval depuis sa domestication.

Aménagement

Mon Logis

Contrôle scientifique

Service régional de l’Archéologie (Drac Champagne)

Recherche archéologique

Inrap

Responsable scientifique

Gilles Deborde, Inrap

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  • Vue générale de la fouille menée aux Varennes à Bar-sur-Aube (Aube), 2013.L'opération visait à vérifier la présence de la Via Agrippa, qui sur la Table de Peutinger traverse Bar-sur-Aube, l'antique Segessera. On peut observer au premier plan les ornières de la voie.
    Vue générale de la fouille menée aux Varennes à Bar-sur-Aube (Aube), 2013.
    L'opération visait à vérifier la présence de la Via Agrippa, qui sur la Table de Peutinger traverse Bar-sur-Aube, l'antique Segessera. On peut observer au premier plan les ornières de la voie.
    © Annie Viannet, Inrap
  • Crâne de cheval reposant sur le poitrail d'un autre, Bar-sur-Aube (Aube), 2013.L'opération a révélé 45 mètres de tranchées en zig-zag dans lesquelles une quarantaine de carcasses de chevaux ont été mises au jour. 
    Crâne de cheval reposant sur le poitrail d'un autre, Bar-sur-Aube (Aube), 2013.
    L'opération a révélé 45 mètres de tranchées en zig-zag dans lesquelles une quarantaine de carcasses de chevaux ont été mises au jour. 
    © Annie Viannet, Inrap
  • Regroupement de huit chevaux dans une même section de tranchée, Bar-sur-Aube (Aube), 2013.L'hypothèse privilégiée est celle de l'enterrement de ces animaux dans des tranchées de défense civile après l'incendie d'un site de réquisition de chevaux mis en place par les troupes d'occupation allemandes en 1940-1941.   
    Regroupement de huit chevaux dans une même section de tranchée, Bar-sur-Aube (Aube), 2013.
    L'hypothèse privilégiée est celle de l'enterrement de ces animaux dans des tranchées de défense civile après l'incendie d'un site de réquisition de chevaux mis en place par les troupes d'occupation allemandes en 1940-1941.   
    © Annie Viannet, Inrap
  • Crâne de jument avec vertèbres en connexion anatomique stricte, Bar-sur-Aube (Aube), 2013.Les chevaux enterrés dans la tranchée ont une forte corpulence, ce sont des animaux de trait, déposés avec soin dans cette fosse improvisée.
    Crâne de jument avec vertèbres en connexion anatomique stricte, Bar-sur-Aube (Aube), 2013.
    Les chevaux enterrés dans la tranchée ont une forte corpulence, ce sont des animaux de trait, déposés avec soin dans cette fosse improvisée.
    © Annie Viannet, Inrap
  • Intervention d'un archéozoologue sur un enchevêtrement de carcasses, Bar-sur-Aube (Aube), 2013.Sur la quarantaine de carcasses de chevaux repérées lors de la fouille, douze ont été finement fouillées.
    Intervention d'un archéozoologue sur un enchevêtrement de carcasses, Bar-sur-Aube (Aube), 2013.
    Sur la quarantaine de carcasses de chevaux repérées lors de la fouille, douze ont été finement fouillées.
    © Annie Viannet, Inrap
  • Disposition générale des crânes, proches de la paroi de la fosse, Bar-sur-Aube (Aube), 2013.Cette disposition régulière dénote toute l'attention portée à ces chevaux au moment de leur enfouissement.
    Disposition générale des crânes, proches de la paroi de la fosse, Bar-sur-Aube (Aube), 2013.
    Cette disposition régulière dénote toute l'attention portée à ces chevaux au moment de leur enfouissement.
    © Annie Viannet, Inrap
  • Alignement caractéristique des carcasses dans chaque section de tranchée, Bar-sur-Aube (Aube), 2013.Tous les chevaux ont été inhumés dans un laps de temps très court, et certains portent encore leurs fers. 
    Alignement caractéristique des carcasses dans chaque section de tranchée, Bar-sur-Aube (Aube), 2013.
    Tous les chevaux ont été inhumés dans un laps de temps très court, et certains portent encore leurs fers. 
    © Annie Viannet, Inrap
  • Dégagement minutieux d'un crâne, Bar-sur-Aube (Aube), 2013.Les traumatismes subis par les chevaux correspondent vraisemblablement à un incendie.
    Dégagement minutieux d'un crâne, Bar-sur-Aube (Aube), 2013.
    Les traumatismes subis par les chevaux correspondent vraisemblablement à un incendie.

    © Vincent Charpentier, Inrap
  • Tranchée en zig-zag abritant des chevaux, probablement morts dans un incendie au cours de la deuxième guerre mondiale, Bar-sur-Aube (Aube), 2013.A gauche de la tranchée, un archéologue met au jour une sépulture gallo-romaine.
    Tranchée en zig-zag abritant des chevaux, probablement morts dans un incendie au cours de la deuxième guerre mondiale, Bar-sur-Aube (Aube), 2013.
    A gauche de la tranchée, un archéologue met au jour une sépulture gallo-romaine.
    © Vincent Charpentier, Inrap

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