Une équipe d’archéologues de l’Inrap mène actuellement une fouille de grande ampleur en plein cœur de la ville d’Arpajon, préalablement à la réalisation d’un projet immobilier initié par Les Nouveaux constructeurs.

Dernière modification
06 février 2018

La visite du site prévue samedi 10 février 2018 est annulée du fait des mauvaises conditions météorologiques qui ne permettront pas de recevoir le public en toute sécurité.


Il s’agit de la première fouille d’ampleur dans la ville d’Arpajon. Les recherches, commencées en novembre 2017, vont se poursuivre jusqu’au mois de mars 2018, avec une équipe d’une dizaine d’archéologues, sur une surface de 1 100 m2.

Le vicus d’Arpajon

En - 52, César conquiert la Gaule, territoire qui, en dépit d’une réelle structure politico-administrative, n’est pas unifiée. Il est composé d’une soixantaine de cités organisées autour d’un réseau de villes (les oppida) et de voies de communication. Dans les campagnes, un réseau secondaire de petites agglomérations se développe, le plus souvent sur les grands axes de communication. Ces bourgades, relais, centres civiques, religieux et économiques, sont occupées par des communautés d’artisans et de commerçants. Placées sous l’autorité du chef-lieu de la cité, elles jouent un rôle administratif.

Arpajon se développe à partir des années 30 ou 50 de notre ère et prospère jusqu’au IIIe siècle, voire jusqu’à la fin de l’Antiquité. Rattachée au territoire des Parisii, Arpajon est une ville frontière aux confins de plusieurs territoires de cités. Elle marquait l’entrée dans les territoires des cités Carnute au sud-ouest et Sénone au sud.

La ville est typique de certains vicus, relais routiers où se regroupent, de part et d’autre d’une voie, quelques maisons, granges et auberges, au service des voyageurs. Point de passage, voire de redistribution des marchandises dans les flux commerciaux, la situation topographique de la ville est stratégique car elle est située à la rencontre de plusieurs voies provinciales qui convergent vers l’un des rares ponts sur l’Orge. Sa position centrale joue un rôle non négligeable dans son essor à la période gallo-romaine.

Une rue antique

Les premiers vestiges mis au jour concernent une rue et un îlot urbain, en cours d’exploration sur une vingtaine de mètres de profondeur.

En Gaule romaine, la plupart des rues sont faites de terre battue et de gravier. Leur largeur varie suivant leur importance dans le réseau viaire. Elles sont dallées ou empierrées, leur profil légèrement bombé permet l’évacuation des eaux de ruissellement dans des caniveaux à ciel ouvert, en pierre ou en bois, parfois dans de véritables égouts. Des trottoirs ou des portiques protégeant les boutiques peuvent les border.  À Arpajon, une rue de 6 m de large, empierrée, a été mise au jour. Elle a connu quatre réfections principales depuis sa création au Ier siècle de notre ère jusqu’à son abandon dans le courant du IVe siècle. Son niveau s’est ainsi élevé de près d’un mètre durant sa période d’utilisation. Il se pourrait qu’il s’agisse de la voie qui se dirigeait vers Chartres (Autricum) par la vallée de l’Orge.

Un bâtiment énigmatique

La rue longe un grand bâtiment de 8,50 m de large sur plus de 17 m de longueur ainsi qu’une grande cour desservant cette construction. La fonction de ce bâtiment n’est pas encore déterminée. Une seule chose est sûre pour l’instant, il ne s’agit pas d’un habitat urbain. Son plan ne correspond en rien à celui d’une maison, tel qu’on le connaît par les fouilles sur les villes et agglomérations secondaires de la région. On peut évoquer plusieurs hypothèses : un bâtiment public, cultuel, voué à l’artisanat, ou un entrepôt en lien avec le transport routier de marchandises.
Vers le milieu du IVe siècle, l’ensemble est abandonné et recouvert par un niveau de terre végétale. Ce n’est que vers les XIIIe-XIVe siècles que réapparaissent des indices d’occupation du terrain. Il s’agit de fosses – ou de fossés – caractéristiques de structures de fond de parcelles, liées au développement des maisons ouvrant sur la Grande Rue.