À Toulouse, l'Inrap a fouillé une petite partie du fossé défensif de la ville (IXe-XIIIe siècle), ainsi que la tombe d'un enfant appartenant à un vaste cimetière d’époque carolingienne (VIIIe-XIIe siècle) situé au pied du château comtal.

Dernière modification
22 mars 2021

Préalablement à la réalisation d’aménagements souterrains au sein d’un habitat résidentiel « Rue des Fleurs » à Toulouse, une fouille archéologique a été prescrite par les services de l’État (DRAC Occitanie) et réalisée par l’Inrap au cours du mois de novembre. Malgré une surface restreinte de 75m², elle a apporté de nouveaux éléments sur la structuration des espaces défensifs médiévaux de la ville et leur évolution.
 

L’évolution des aménagements défensifs entre le IXe et le XIIIe siècle

Du VIe au Xe siècle, la puissance de la ville est l’enjeu de nombreuses alliances militaires, dont découle l’émergence d’une famille comtale et d’une aristocratie militaire urbaine. Ce pouvoir comtal et oligarchique fort s’installe sur les tours de l’enceinte gallo-romaine. Les guerres méridionales puis la croisade albigeoise causent la chute du pouvoir comtal au XIIIe siècle. Toulouse y gagne un système de fortifications, complément du rempart romain, jamais mis en défaut.

Les recherches archéologiques ont été réalisées face aux allées Jules Guesde et à quelques mètres du Palais de Justice où s’érigeait par le passé la porte sud de l’enceinte gallo-romaine – la « porte Narbonnaise » –  sur laquelle est venu s’implanter le château comtal. L’aménagement le plus ancien découvert par les archéologues est une partie du fossé défensif de la ville. Creusé durant le IXe siècle, il se situe au-devant de l’enceinte gallo-romaine toujours en utilisation à l’époque. Ce fossé dit « fossé nord », fut remblayé durant le XIIIe siècle, lorsqu’au sud de ce dernier fut creusé un nouveau fossé, dit « fossé majeur ». Sa construction s’inscrit dans la rénovation des aménagements défensifs de la cité réalisée par les comtes de Toulouse.

Orthophotographie du rempart mis au jour lors de la fouille archéologique. La partie basse constitue les fondations réalisées en tranchée pleine, sur le côté nord, comme en témoigne le mortier débordant qui lui donne cet aspect grisâtre. La seconde moitié constitue la partie bâtie hors-sol au sein de laquelle on peut apercevoir les trous de boulin qui accueillaient la charpente ayant servi à sa construction.

Orthophotographie du rempart mis au jour lors de la fouille archéologique. La partie basse constitue les fondations réalisées en tranchée pleine, sur le côté nord, comme en témoigne le mortier débordant qui lui donne cet aspect grisâtre. La seconde moitié constitue la partie bâtie hors-sol au sein de laquelle on peut apercevoir les trous de boulin qui accueillaient la charpente ayant servi à sa construction.

© Vincent Arrighi, Inrap

L’étude de ce fossé majeur indique qu’il était plus profond que le précédent et était bordé par des murs d’escarpe et de contrescarpe. Ce dernier, fort de 90 cm, présentait une légère pente vers le sud et étaient bâti de briques, parfois récupérées avec un blocage interne constitué de galets noyés dans le mortier. Il fut en partie arasé par la suite afin de construire un mur de courtine d’une largeur de 1,50 m et constitué uniquement de briques. Ce nouvel aménagement s’inscrit dans les travaux de consolidation du système défensif au moment où le comté de Toulouse, en tant que sénéchaussée, est intégré au sein du royaume français faisant de la ville un enjeu stratégique.


Durant le XIXe siècle, le « fossé majeur » est remblayé et le dernier rempart de la ville est petit à petit arasé. Certaines parties sont néanmoins encore visibles notamment au niveau du boulevard Armand-Duportal. 

Évolution de l’espace funéraire

Au bord du fossé nord révélé au cours de la fouille, les archéologues ont mis au jour la tombe d’un enfant, datable du IXe ou Xe siècle. Cette découverte vient ajouter de nouveaux éléments aux précédentes recherches réalisées au Palais de Justice. Celles-ci révélaient un vaste cimetière d’époque carolingienne (VIIIe-XIIe siècle).

Tombe d’un enfant découverte au bord du fossé nord révélée au cours de la fouille datable du IXe ou Xe siècle. Elle s'inscrit au sein d'un vaste cimetière d’époque carolingienne (VIIIe-XIIe siècle) mis au jour par l'Inrap dans le cadre des recherches archéologiques réalisées précédemment au Palais de Justice.

Tombe d’un enfant découverte au bord du fossé nord révélée au cours de la fouille datable du IXe ou Xe siècle. Elle s'inscrit au sein d'un vaste cimetière d’époque carolingienne (VIIIe-XIIe siècle) mis au jour par l'Inrap dans le cadre des recherches archéologiques réalisées précédemment au Palais de Justice.

© Didier Paya, Inrap

Cette nouvelle tombe située plus à l’est vient ainsi agrandir la zone funéraire installée au pied du château comtal. En outre, elle témoigne de l’utilisation des fossés comme espace funéraire : jusqu’au XIIe siècle les cimetières ne sont pas des espaces délimités mais des zones ouvertes, en dehors de la cité, où peuvent se côtoyer plusieurs fonctions (agraire ou militaire dans le cas du fossé nord). Par la suite, ces zones funéraires seront parfois déplacées, mais toujours circonscrites et rattachées à un édifice religieux et à sa communauté paroissiale. Ainsi au milieu du XIIe siècle, un nouveau cimetière est implanté au-delà des fossés pour remplacer le précédent, puis sera rattaché à l’église Saint-Michel (XIVe siècle).  

Aménagement : Particulier
Contrôle scientifique : Service régional de l’archéologie (Drac Occitanie)
Recherche archéologique : Inrap
Responsable scientifique : Didier Paya, Inrap