À Yviers, une équipe de l'Inrap vient de découvrir un quartier d’artisans potiers gaulois puis de forgerons gallo-romains au sein d’une agglomération occupée entre la fin du IIIe siècle avant notre ère et le début du IIe siècle de notre ère. 

Dernière modification
04 mai 2021

Une fouille de 4400 m² au 3, route de Rassat à Yviers (Charente), est à l’origine de la découverte d’un quartier d’artisans potiers gaulois puis de forgerons gallo-romains au sein d’une agglomération jusqu’alors inconnue, située aux confins des territoires santon et pétrocore. Organisée en îlots d’habitation séparés par des rues, la portion étudiée, riche de plus d’un millier de structures en creux (fosses, trous de poteau, fours, puits, celliers) se caractérise par une très bonne conservation des vestiges puisque les niveaux de circulation et les sols de certains bâtiments, notamment les forges, sont encore pour partie conservés malgré les labours récents.

Vue aérienne de la fouille.

Vue aérienne de la fouille.

© Régis Bernard, Inrap


Un quartier de potiers gaulois

Une dizaine de fours de potiers ont été mis au jour sur l’emprise de la fouille. Leur utilisation couvre l’ensemble de l’occupation gauloise, soit depuis la fin du IIIe siècle jusqu’au début du Ier siècle avant notre ère. Leur étude permettra de préciser l’évolution des techniques de construction de ces structures. Si plusieurs fours ont été détruits volontairement avant leur abandon, l’un d’eux présente un état de conservation remarquable, la sole rayonnante constituée de boudins d’argile reposant sur deux murets en terre étant encore pratiquement intacte. Les fosses de travail associées à ces fours ont livré une quantité importante de ratés de cuisson correspondant à des pots à cuire et à des vases de stockage. Un deuxième type de support de sole, à languette centrale, a également été identifié.

Des îlots d’habitation délimités par des rues

Les axes de circulation mis au jour dessinent une trame orthogonale dont l’axe principal, orienté à l’origine nord-ouest/sud-est au cours de la période gauloise, évolue progressivement jusqu’au début du IIe siècle de notre ère pour finalement s’orienter nord/sud. Dans les portions les mieux conservées, les rues d’environ 3 à 4 m de largeur, se caractérisent par une succession de niveaux de recharge sur au moins quarante centimètres d’épaisseur. L’aménagement des niveaux de voie correspond dans un premier temps à un cailloutis calcaire puis à des recharges de calcaire damé, enfin à un niveau de terre cuite et de rebut de forge issus des ateliers situés le long des rues. Ce niveau est également riche en déchets de réduction (scories de coulée) rapportés sur le site depuis les zones d’extraction du minerai de fer, situées à quelques centaines de mètres de l’agglomération.

Yviers 6

Coupe stratigraphique de la voirie gauloise avec remplissages successifs.

© Ornella Laurenti, Inrap

Les rues délimitent des îlots d’habitation, parfois bordés par des palissades, dont les dimensions semblent relativement constantes, soit environ 20 à 30 m de côtés. Ces différents espaces sont occupés par une multitude de structures en creux : trous de poteau, fosses de stockages, structures artisanales, puits. La forte densité de vestiges rend pour l’instant difficile l’identification des plans des bâtiments. Cependant, dès la fin de la période gauloise, plusieurs édifices, construits sur parois porteuses, sont matérialisés au sol par des tranchées de fondation associées à des négatifs de planches disposées verticalement. De nombreux restes de terre d’architecture témoignent également de l’utilisation de parois en torchis sur clayonnage. Des celliers ou des caves ont par ailleurs été aménagés sous certaines maisons de la fin de la période gauloise et du début de la période romaine.

Yviers 9

Vue du chantier du côté ouest avec des structures

© Ornella Laurenti, Inrap


L’occupation romaine

Dans la seconde moitié du Ier siècle avant notre ère, les forgerons prennent possession du quartier en lieu et place des artisans potiers. Installés le long des rues, ces ateliers correspondent à de petits espaces d’environ 10m² très densément occupés et caractérisés par la présence de foyers de forge, de petites fosses très riches en battitures (lamelles et globules métalliques issues du travail du métal à chaud et du trempage) et en scories. L’étude des prélèvements réalisés sur les sols des ateliers permettra de préciser l’organisation de ces espaces de travail.

Atelier de forge implanté bord de rue (Ier siècle avant notre ère – Ier siècle de notre ère).

Atelier de forge implanté bord de rue (Ier siècle avant notre ère – Ier siècle de notre ère).

Orthophotographie : © E. Chabrol, Inrap  

La période romaine est également caractérisée par le creusement de grandes fosses, sans doute utilisées pour le stockage des denrées alimentaires et decreusés dans le calcaire. Ce secteur de l’agglomération est progressivement abandonné entre la fin du Ier siècle et le début du IIe siècle de notre ère. L’habitat se déplace peut-être dès cette période vers le sud-ouest, à l’emplacement actuel du village d’Yviers.

Yviers 8

L’un des puits romains en cours de fouille

© Ornella Laurenti, Inrap

Encore inconnue il y a moins d’un an, la découverte de cette agglomération gauloise, située à quarante kilomètres des oppida de Pons, d’Angoulême et de Périgueux, documente un secteur géographique encore peu exploré par l’archéologie des périodes protohistoriques. Elle apporte ainsi des informations inédites sur les réseaux d’échanges dans le centre ouest de la Gaule. Si l’artisanat potier est bien présent dans l’emprise de la fouille, il est probable que c’est plutôt la proximité de gisements de fer qui a présidé à l’implantation de cet habitat groupé et qui est à l’origine de son développement.

A l’échelle locale, les informations topographiques, archéologiques et géologiques recueillies au cours de la fouille permettent ainsi d’ores et déjà de préciser les processus d’approvisionnement et de transformation du fer au sein de cette nouvelle agglomération gauloise et antique.

Aménagement : Particulier
Contrôle scientifique : Service régional de l’Archéologie (Drac Nouvelle Aquitaine)
Recherche archéologique : Inrap
Responsable scientifique : Patrick Maguer, Inrap