Les archéologues de l'Inrap ont mis au jour 54 fondations du pont-aqueduc qui alimentait en eau courante Segodunum, l'ancienne ville de Rodez. L'ouvrage qui a passionné les chercheurs et érudits du XIXe siècle, ensuite oublié des recherches archéologiques, a fait l'objet d'une étude approfondie, permettant de connaître son tracé, son mode et sa date de construction.

Dernière modification
21 janvier 2020

Préalablement à la réalisation du projet de parc des expositions porté par l’agglomération de Rodez, une fouille archéologique prescrite par la Drac Occitanie et réalisée par l'Inrap a permis de mettre au jour les vestiges de l’aqueduc romain de Rodez. Ce bâtiment monumental permettait d’alimenter la ville de Rodez en eau courante depuis le village de Vors. 


Un ouvrage d'art spectaculaire

Edifié au IIe siècle de notre ère, l’aqueduc romain prend naissance à 2 km au sud-ouest de Rodez, anciennement Segodunum, la capitale des Rutènes. L'eau était captée dans un bassin, dans l'actuel village de Vors (commune de Baraqueville), à 711 m d'altitude, et elle était amenée jusqu'à Segodunum, à une altitude de 630 m (soit une dénivellation de 81 mètres et de 2,9 m au kilomètre). Bien que ces deux points ne soient distants que de 12 km, l'imposante structure se développe sur un parcours de 29 km, de manière à épouser au mieux la topographie du terrain et les courbes de niveaux et limiter la hauteur de l'ouvrage d'art. Le pont de rang d'arcades continues s'étendait sur une longueur d'environ 850 m, orienté d'est en ouest, puis il atteignait la vallée de l'Aveyron qu'il franchissait sur une distance de 132 m grâce à un siphon dont on ne connaît que deux autres exemples en Gaule romaine, à Lyon (aqueduc du Gier) et à Saintes. « Le système des siphons fonctionne sur le principe des vases communicants. Il est constitué d’un canal ou conduite forcée, en plomb à l’époque romaine, résistant à de fortes pressions avec, en amont un réservoir de chasse et en aval un réservoir de fuite, placé plus bas que le réservoir de chasse. L’eau arrive dans un premier temps dans le réservoir de chasse puis passe par le canal, supporté par un pont siphon, avant de remonter, grâce à la pression créée par le réservoir de chasse, dans le réservoir de fuite qui permet à l’eau de reprendre ensuite son écoulement naturel » (Jean Burdy, Les aqueducs romains de Lyon, 2002). L'aqueduc ne permettait que d'alimenter la partie basse de la ville. Celle-ci était probablement opulente, car la technologie employée était très onéreuse. 

La méthode de construction du pont-aqueduc

Les archéologues ont creusé à la pelle mécanique une tranchée continue de 350 m de long sur 7 m de large, en longeant toujours les mêmes faces de piles afin de révéler la totalité de la profondeur des fondations et la nature de l'encaissant. La fouille a permis ainsi de dégager les 54 piles sur lesquelles reposent les retombées des arches successives et de donner une vision claire de la méthode de construction. Les fondations sont parfois puissantes de 2,6 m afin de supporter des élévations pouvant atteindre 12 m de hauteur. Le massif de maçonnerie est fait d'une large semelle de lits de plaquettes de schiste liées à l'argile à la base, et au mortier dans les parties hautes. Plus soignés, les parements ont été réalisés avec du grès fin provenant des hauteurs environnantes.

Le pont-aqueduc est relativement tardif. La technique employée (rang d'arcades, siphon) était hors de portée sous le règne d'Auguste. Plusieurs fouilles déjà réalisées sur l'aqueduc ont permis de dater sa construction entre 100 et 120 de notre ère. Lors de cette dernière fouille, la découverte de mobilier de céramique dans le comblement des tranchées des fondations a permis d'obtenir une datation plus fine : à l'extrême fin du Ier siècle.
 

Aménagement : Ville de Rodez
Contrôle scientifique : Service régional de l’archéologie (Drac Occitanie)
Recherche archéologique : Inrap ​
Responsable scientifique : Didier Rigal, Inrap