À Sens, l'Inrap fouille une vaste zone de la ville antique, en partie baignée par la nappe phréatique. Ces conditions hydrologiques ont permis une conservation exceptionnelle des vestiges, notamment en bois. Des aménagements du Moyen Âge tardif complètent les connaissances sur l’évolution de cette partie de la ville antique. 

Dernière modification
19 septembre 2022

Depuis mi-mai, les archéologues de l’Inrap fouillent une parcelle de 7000 m² à Sens (Yonne) sur prescription de l’État (DRAC Bourgogne – Franche-Comté) en amont d’un projet de construction de logements sociaux (Habelis). Cette vaste opération archéologique d’une durée de 8 mois permet d’étudier une occupation antique au sud de la ville jusqu’alors inconnue.


Un quartier inconnu

L’opération archéologique de l’avenue Senigallia constitue la plus vaste zone fouillée de la ville antique. Cette étendue permet d’étudier l’évolution de tout un quartier, encore inconnu, situé sur l’extrémité sud de la capitale des Sénons. Il s’organise en îlots urbains autour de la via Agrippa (sous l’actuelle avenue Senigallia) et une voie divergente du quadrillage de la ville gallo-romaine qui traverse l’emprise. Les niveaux archéologiques supérieurs (IIIe s. apr. J.-C.) montrent une organisation classique. Des bâtiments, d’architecture assez modeste s’alignent perpendiculairement aux voies et sont bordés de trottoirs à portique. La fouille, qui a débuté sur les parties basses, proches de la nappe (ouest de l’emprise), révèle la présence d’une occupation précoce, suivie de bâtiments arasés, peut-être dès le IIe s. apr. J.-C. ou au début du IIIe s. apr. J.-C.

Sens 2

Situation de la fouille sur le plan de la ville antique de Sens.

© S. Alix, Inrap 


Sur le sommet nivelé de ces constructions, on observe la présence d’installation tardo-antiques (IVe-Ve s. apr. J.-C. ?) sur poteaux et sablières basses. Des lignes de poteaux pourraient délimiter des enclos, auxquels il faut adjoindre quelques bâtiments. En outre, des aménagements du Moyen Âge tardif ont été découverts : des fossés, une fosse cuvelée en bois, ainsi qu’une sépulture. Ils viennent compléter la vision dans le temps long de l’évolution de cette partie de la ville antique.


Un environnement favorable à la conservation des vestiges

S’il complexifie cette opération, l’environnement hydrologique est porteur de données exceptionnelles. La fouille est située dans le lit majeur de la Vanne, affluent de l’Yonne, également proche. La nappe phréatique est proche des surfaces décapées. Elle baigne certains niveaux les plus anciens et, a fortiori, la quasi-totalité du fond des aménagements profonds. Cet état de fait qui semble remonter à la période antique a permis la conservation de nombreux restes de bois, graines ou pollens. Ils laissent augurer d’un riche potentiel d’étude paléoenvironnementale. L’étude conjointe des faciès géomorphologiques (nappe), de l’environnement et de l’organisation de l’occupation permettra peut-être d’appréhender des évolutions climatiques pendant l’Antiquité et leurs conséquences sur l’urbanisme local.

Sens 14

Stratigraphie.

© Christophe Fouquin, Inrap

Les puits, latrines avec cuvelage en bois conservées et les possibles fosses de tanneries ont servi de dépotoirs, tantôt pendant leur période d'utilisation, tantôt après leur abandon. Ces structures ont livré, outre une grande quantité de céramique, des objets en bois, dont de très intéressants fragments de tablettes à écrire ayant conservé des inscriptions, et un lot de probable fausses monnaies en cours de fabrication.

Ce chantier sera exceptionnellement ouvert au public à l'occasion des Journées européennes du patrimoine le  samedi 17 septembre. 

Aménagement : Habellis
Contrôle scientifique : Service Régional de l’archéologie (Drac Bourgogne-Franche-Comté)
Recherche Archéologique : Inrap
Responsable scientifique : Stéphane Alix, Inrap