La dernière campagne de fouille programmée sur le site des Crassées de Saint-Dizier s'est concentrée sur le bâtiment balnéaire gallo-romain et un nombre important de structures funéraires dont une nouvelle tombe mérovingienne renfermant du mobilier d’accompagnement.

Dernière modification
19 juin 2020

La campagne de fouilles archéologiques de 2019 a duré sept semaines, de fin mai à mi-juillet dernier. Elle s’est consacrée aux mêmes secteurs que les années précédentes, c’est-à-dire aux deux aires de fouilles situées au sommet et au pied de la pente. Seul un sondage du diagnostic a été rouvert en bas de la pente afin d’avoir une idée rapide du prolongement nord du bâtiment balnéaire gallo-romain.

Le bâtiment balnéaire gallo-romain

La fouille des salles chauffées des bains s’est poursuivie. Les couches y sont nombreuses, épaisses et complexes, rendant le travail plus lent que sur un site archéologique rural habituel. Dans les cendres laissées dans les chaufferies, les objets sont très nombreux. Ainsi, une quarantaine de monnaies ont été trouvées en trois ans. Aujourd’hui, l’aspect du bâtiment se précise. Il est construit avec des moellons taillés dans le calcaire de Savonnières., pierre locale. Le toit est également couvert de dalles de ce calcaire, et non de tuiles comme dans la plupart des régions de l’Empire romain, ce qui devait donner un aspect de couleur blanche, très singulier vu de l’extérieur. À l’intérieur, les décorations murales les mieux connues sont celles de la galerie de façade qui donne accès aux bains. De nombreux fragments des peintures murales écroulées sont apparus lors des fouilles de 2019. Ils montrent que les plinthes sont mouchetées de rouge sur fond blanc, et que la partie haute est divisée en carrés cernés de bandes rouges. Il est possible que des motifs plus élaborés aient été présents au centre de chaque carré, mais aucun reste n’a encore été trouvé.

Les bains de la villa gallo-romaine en cours de fouille.

Les bains de la villa gallo-romaine en cours de fouille.

R. Durost

Dans l’aire de fouilles située au sommet de la pente, les efforts se sont concentrés dans une pièce gallo-romaine, profonde, dont la fonction à cette période est inconnue, et qui semble ensuite servir de tombeau à l’époque mérovingienne. Hélas, au XIVe siècle, les ouvriers qui ont démoli l’église qui le surplombait ont manifestement détecté les riches tombes qui s’y trouvaient, et les ont pillées... Il ne reste que quelques objets, fragmentés, mais dont la nature suffit à prouver que les tombes étaient là. Il s’agit probablement de défunts contemporains des chefs exhumées auparavant à La Tuilerie (en 2001-2002) et aux Crassées (en 2015). Au moins sept siècles d’occupation se succèdent donc dans cette pièce, ce qui en rend la fouille très complexe et encore inachevée.
 

Des sépultures atypiques

Cette dernière campagne a également permis la fouille de 79 structures funéraires : 69 sépultures individuelles et 10 réductions. Pour l’année 2019, l’accent a été mis sur l’avancée de l’exploration du cimetière paroissial au sud du décapage. Cet espace a livré 30 nouvelles sépultures témoignant de pratiques funéraires relativement insolites. Une nouvelle fois, des sépultures à l’orientation atypique (tête au nord) ont été observées. Elles se concentrent principalement dans la zone sud du décapage et pour l’instant aucune hypothèse n’a été trouvée pour expliquer ce phénomène. Par ailleurs, alors qu’il est admis qu’après le VIIIe siècle plus aucun mobilier d’accompagnement n’est déposé dans la tombe, des clés ont été retrouvées dans deux tombes datant du XIe siècle. Elles viennent s’ajouter à la clé découverte dans une autre tombe l’année dernière. Ce dépôt récurrent interroge sur notre connaissance des pratiques funéraires pour cette période.
Par ailleurs, l’emprise de l’église qui semblait complètement explorée a livré encore 10 nouvelles tombes dont plusieurs de très jeunes enfants et des indices que cette zone était densément occupée.
 

Une nouvelle tombe de la période mérovingienne

Enfin, les efforts des équipes se sont principalement concentrés autour de la pièce profonde gallo-romaine. Celle-ci a polarisé un nombre important d’inhumations. Ainsi ce ne sont pas moins de 14 nouvelles sépultures qui ont été fouillées dans cet espace très réduit. Parmi celles-ci, une nouvelle tombe renfermant du mobilier d’accompagnement a été dévoilée. Le mobilier retrouvé se compose d’une garniture de ceinture et d’un scramasaxe qui permettent de dater l’ensemble de la période mérovingienne. Aucune sépulture de cette période n’avait été découverte sur le site depuis 4 ans. De plus la situation de cette tombe, parmi les plus anciennes, contre le mur de la pièce profonde gallo-romaine conforte l’hypothèse que cet espace a joué un rôle prépondérant dans la structuration de la nécropole et par la suite du cimetière paroissial
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Post-fouille

Pour des raisons liées à la pandémie, la campagne 2020 des fouilles archéologiques programmées des Crassées a dû être annulée. Cette période sera mise à profit pour approfondir les connaissances sur les découvertes des années passées. Ces travaux permettront d'améliorer la datation du site, d'en approfondir les connaissances (activités économiques des anciens habitants par exemple) et de valoriser les objets découverts, en vue, pour certains, de rejoindre les collections du musée. Une étude du matériel archéozoologique (restes d’animaux) permettra d’avoir des indications sur l’alimentation et l’élevage de l’époque. Une étude numismatique permettra, grâce à la quarantaine de monnaies découvertes depuis 2016, de préciser la datation du site. Une identification et un dessin archéologique du matériel remarquable, notamment du mobilier métallique seront réalisés. Une restauration et une stabilisation du mobilier découvert l’an passé, une datation au Carbone 14, une étude anthropologique et la mise en place d’un système d’information géographique de l’ensemble sont également programmés. Dans le même temps, un diagramme stratigraphique sur le bâtiment de la villa sera réalisé.

#Archeorama : 11e édition des Journées européennes de l’archéologie, les 19, 20 et 21 juin 2020

Les Journées Européennes de l’Archéologie ont été annulées sous leur forme habituelle mais l’archéologie est toutefois mise à l’honneur du 19 au 21 juin, grâce à l’organisation de l’événement #Archéorama, coordonné par l'Inrap, sous l’égide du ministère de la Culture.  La traditionnelle porte-ouverte de la fouille des Crassées organisée à Saint-Dizier chaque année à cette occasion est notamment remplacée par une présentation vidéo, en ligne, du bilan de la campagne 2019, sur le site des Journées européennes de l’archéologie