Une équipe de l'Inrap fouille les vestiges d’une manufacture de faïence du XVIIIe siècle et de la filature qui lui a succédé au XIXe siècle. Deux fours en assez bon état de conservation ont été sortis de terre.

Dernière modification
04 février 2020

Une équipe de l'Inrap intervient depuis fin septembre 2019 sur la rive gauche de la Seine à Rouen, à l’emplacement de l’ancien Centre de Formation des Apprentis (CFA Lanfry), dans le cadre d’un projet immobilier porté par le groupe Edouard Denis. Prescrite par les services de l’Etat (Drac Normandie), cette fouille permet d’étudier les vestiges d’une manufacture de faïence du XVIIIe siècle et de la filature qui lui a succédé au XIXe siècle. Une première phase d’opération s’est déroulée de septembre à décembre le long de la rue Saint-Julien ; une seconde phase mitoyenne est menée actuellement et jusqu’au 20 mars, rue Blaise Pascal.

Un atelier de faïencerie du XVIIIe siècle

Implanté dans l’ancien quartier des faïenceries, l’atelier situé au carrefour de la rue Saint-Julien et de la rue Blaise Pascal est mentionné dans les archives. Sa localisation et l’identité de ses propriétaires successifs (Lebaillif, Maugras, Malestra, Pavie et Jourdain) sont bien documentées depuis les années 1980-90 grâce à l’inventaire des archives conduit par l’association Rouen Archéologie. Sur l’établissement lui-même, peu d’indications sont en revanche fournies, en dehors de l’existence de deux fours, que les archéologues ont refait sortir de terre. Plutôt bien conservés, ces deux fours forment un ensemble solidaire, comprenant des parties souterraines – chambre de chauffe et alandier/foyer, ainsi que des pièces dites de service. Deux d’entre elles s’organisent autour des foyers et servent à leur entretien. Elles communiquent par des escaliers avec d’autres salles situées à l’arrière, destinées à la préparation des fournées. L’usure des revêtements de sol révèle le cheminement des ouvriers. Le bâtiment des fours dans sa totalité est estimé à 15 mètres de longueur sur 8,80 mètres de largeur ; de manière inattendue, les fours eux-mêmes sont aménagés directement au contact de la rue Saint-Julien.

Des activités organisées autour des fours

Diverses zones d’activité se dessinent à proximité des fours. Au nord, une vingtaine de fosses regorgent de matériel d’enfournement brisé, de morceaux de fours détériorés et de fragments de vaisselle, de vases, de fontaines murales, de jardinières et de bénitiers à différents stades de leur élaboration, certains portant déjà les décors peints. Au nord-ouest, une rangée de bacs, maçonnés ou simplement creusés dans le sable du sous-sol, sont enduits d’un revêtement blanc. Après leur abandon, ils sont comblés par des rebuts de fabrication. Au sud, les vestiges d’une maçonnerie circulaire indiquent l’emplacement probable d’un moulin à broyer les émaux. Sur le même alignement, un long bâtiment de plus de 20 mètres de longueur sur 6 mètres de largeur est divisé en quatre pièces ; l’une d’entre elles au moins livre un dépôt d’argile. Des bacs à argile ont été également retrouvés autour de ce bâtiment. Enfin à l’ouest, à la limite du jardin de la faïencerie, les archéologues ont identifié plusieurs fosses circulaires contenant des résidus argileux.

Ainsi, l’opération de fouille préventive en cours offre pour la première fois l’opportunité d’appréhender l’organisation d’une faïencerie rouennaise dans sa globalité, permettant d’étudier l’atelier et ses productions, mais aussi l’organisation du travail et la vie quotidienne des céramistes rouennais.

La filature Guérin au XIXe siècle

Après la cessation d’activité du dernier faïencier en 1796, une filature est construite. Cet établissement est constitué d’un très grand atelier de près de 40 mètres sur 15 mètres, divisé en deux nefs par une ligne de piliers. S’y accolent des structures imposantes en calcaire destinées à servir de socle à de lourdes machines. Un bâtiment de plus petit gabarit est prolongé par une cave profonde et une autre plus modeste qui a servi de soute à charbon. Le mâchefer, la brique sont les matériaux indicateurs d’appartenance à la filature. Hormis des morceaux de métal provenant des machines, très peu de mobilier directement lié à l’activité du site a été recueilli. La découverte de grappes de boutons en verre contre un mur indique qu’une partie des locaux était dédié à la confection. Cette filature sera détruite par des bombardements lors de la Seconde Guerre mondiale.

Aménagement : Groupe Edouard Denis
Contrôle scientifique : Service régional de l’archéologie (Drac Normandie)
Recherche archéologique : Inrap
Responsable scientifique : Paola Caledroni, Inrap