Une fouille de l’Inrap à Saint-Vulbas a permis de mettre au jour plusieurs structures funéraires et un riche mobilier du Premier âge du Fer.

Dernière modification
22 février 2021

Dans le cadre de l’aménagement du Parc industriel de la Plaine de l’Ain (PIPA) par le SMPIPA, sur la commune de Saint-Vulbas, plusieurs fouilles ont été prescrites par l’État (DRAC Auvergne-Rhône-Alpes) depuis 2016. L’une d’entre elles, réalisée par une équipe de l’Inrap, a entre autre permis de mettre au jour plusieurs structures funéraires du Premier âge du Fer.

Évocation du site vers la fin du Ve siècle avant notre ère.

Une portion d’un vaste ensemble sépulcral multiséculaire

Cette fouille de près d’1 hectare prend place au nord d’un vaste espace funéraire protohistorique (âge du Bronze et âge du Fer), identifié lors de plusieurs fouilles, sur plusieurs dizaines d’hectares en rive droite du Rhône. Au tout début de l’âge du Fer (première moitié du VIIIe siècle avant notre ère), on dénombre une inhumation et trois enclos circulaires, probablement tumulaires, dont l’un possède encore une sépulture à dépôt de crémation centrale. Vers la fin du Ve siècle avant notre ère une nouvelle tombe est aménagée. Il s’agit d’un dépôt de crémation en fosse, associé à un édicule à quatre poteaux installé au centre d’un petit enclos quadrangulaire. Ces aménagements proches témoignent de la variabilité des pratiques funéraires au cours du Premier âge du Fer.

Une sépulture de femme habillée du tout début de l’âge du Fer

La fouille de l’inhumation nous permet de restituer partiellement la forme originelle de la tombe. Il s’agit d’une fosse rectangulaire de 2,85 m de longueur pour 1,10 m de largeur, creusée dans le terrain gravelo-sableux de la terrasse fluvio-glaciaire. Sur son fond, cinq galets sont positionnés de manière à venir caler un contenant en bois dans lequel le corps de la défunte a été préalablement déposé. L’empreinte du contenant restait visible sous forme de traces grisâtres d’une dizaine de centimètres de largeur, rectiligne en plan et arrondie (parois externe et interne) en coupe, ce qui est la caractéristique des contenants funéraires monoxyles. La structure du bois, très partiellement conservée sous le sacrum de l’inhumée, indique qu’il s’agit de chêne caducifolié (dont le feuillage tombe en automne). La décomposition du corps dans un espace vide laisse par ailleurs envisager une obturation du cercueil, vraisemblablement à l’aide d’une ou plusieurs planches, avant que la fosse sépulcrale ne soit totalement colmatée et qu’un indicateur de surface ne soit aménagé (tumulus, pierre ?).

Proposition de restitution de l’inhumation, avec sa tombe monoxyle.

Proposition de restitution de l’inhumation, avec sa tombe monoxyle. 

©

Dessin : Francois Gauchet, Inrap

À l’intérieur du cercueil, la défunte, une femme d’âge mûr, a été déposée sur le dos, les bras le long du corps, habillée et parée de ses bijoux. Une poterie entière a été placée près et à droite de sa tête. Elle porte un bracelet à chaque poignet et une ceinture autour des hanches, parures mal conservées mais restituables car connues par ailleurs sur le site de Grange Rouge à Quincieux (Rhône). Les bracelets sont formés de perles en verre, de couleur bleu à bleu-vert et décorées de filets de couleur claire, alternant avec d’importantes séries de perles discoïdes en alliage cuivreux. La ceinture a la forme d’un ruban large de 6 centimètres environ, vraisemblablement en cuir, entièrement couvert d’appliques hémisphériques à griffes, en alliage cuivreux (Ø = 3,5 à 4 mm). Une agrafe, également en alliage cuivreux, permet de la tenir fermée. Plusieurs fragments de matière, minéralisée au contact du bronze de la ceinture, portent l’empreinte d’un probable textile et des traces fibreuses pourraient signaler, outre le bois, la présence de cuir, de fourrure ou de feutre.

Une tombe surmontée d’un édicule pour la fin du Premier âge du Fer

À la fin du Premier âge du Fer, un monument funéraire complexe est installé à proximité d’un des enclos circulaires du Premier âge du Fer. Il s’agit d’un édifice sur quatre poteaux, peut-être cloisonné, et portant potentiellement une toiture. Il est ceint d’un petit fossé quadrangulaire (5 m x 5,20 m) et construit au-dessus d’un dépôt secondaire de crémation. La sépulture prend la forme d’une fosse dans laquelle deux dépôts distincts et possiblement concomitants d’ossements ont été effectués.


Dans une moitié a été placé un coffret en matière périssable, à priori rigide (bois ?), contenant une partie des os choisis et lavés, accompagnés de quelques fragments d’armilles (bracelets filiformes) en alliage cuivreux. Ce coffret est lui-même partiellement doublé d’un coffrage en plaquettes de calcaire. Un espace vide contre ces coffrages pourrait avoir été le réceptacle d’offrandes alimentaires accompagnées ou non de contenants en matière périssable.

Proposition de restitution du monument funéraire quadrangulaire et de l’incinération.

Proposition de restitution du monument funéraire quadrangulaire et de l’incinération. 

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Dessin : Francois Gauchet, Inrap


Dans la seconde moitié de la fosse ont été déposés, probablement dans un contenant périssable souple de type vannerie, une partie des os et de nombreux fragments d’armilles mêlés à un sédiment charbonneux provenant du bûcher. Si l’état des ossements ne permet pas de déterminer le sexe de la personne crématisée, sa parure (agrafe de ceinture en fer et armilles en alliage cuivreux) renvoie à un sujet féminin.
La fosse parait au moins partiellement recouverte de plaquettes calcaire et la présence d’un petit tertre finalisant la sépulture n’est pas à exclure.

Aménagement : Syndicat Mixte du Parc Industriel de la Plaine de l’Ain (SMPIPA)
Contrôle scientifique : Service régional de l’archéologie (Drac Auvergne – Rhône-Alpes)
Recherche archéologique : Inrap​
Responsable scientifique : Cécile Ramponi, Inrap
Étude anthropologique :  Stéphane Lenda, Inrap
Étude du mobilier :  Jean-Michel Treffort, Inrap​
Détermination du bois : Blandine Lecomte-Schmitt, Inrap​
Observation des fibres : Catherine Bréniquet, Émeline Retournard, Université Clermont-Auvergne, EA 1001-CHEC