Conférences
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Mis à jour le
05 février 2018
Colloque
Le diagnostic comme outil de recherche

Ce deuxième séminaire scientifique et technique s’est tenu à Caen, à l'auditorium du château, les 28 et 29 septembre 2017. Il a été organisé par l'Inrap (David Flotté et Cyril Marcigny) avec le soutien du département du Calvados et de la Mairie de Caen.

Si la sensibilité archéologique de l’architecture de la vieille ville de Metz s’est fait jour à l’occasion des grands chantiers de rénovation urbaine des années 1960/1970, ce n’est qu’au début des années 1980 que les services de l’Archéologie ont pu programmer des évaluations préalables aux travaux de rénovation/démolition.

Auteur et Intervenante

  • Nathalie Nicolas, assistante d'étude et d'opération, Inrap Grand Est / Hiscant MA (Université de Lorraine)

Co-auteur

  • Ivan Ferraresso, chargé d'opération et de recherche, Inrap Grand Est / Hiscant MA (Université de Lorraine)

Aujourd’hui, la politique patrimoniale locale vise à privilégier la préservation des découvertes in situ en concertation avec l’aménageur, les services de l’architecture et du patrimoine, sur la base de l’expertise de diagnostic archéologique, plutôt que d’aboutir à la destruction des vestiges après une étude archéologique complémentaire (évaluation, expertise, fouille). De fait, le diagnostic constitue la principale source pour la recherche sur le bâti civil de Metz médiévale.

En soi, et bien que cela ne fasse pas l’objet de discussions lors de ce séminaire, il apparaît que les principes méthodologiques attachés au diagnostic de bâti sont peu développés dans la littérature scientifique. D’ailleurs, dans le secteur d’activité du préventif, l’évaluation archéologique du bâti paraît assez loin de l’ADN du diagnostic du sous-sol, par la nature de l’intervention et l’objet d’étude. Pour théoriser un peu, le diagnostic du bâti investit un terrain d’étude par essence « positif », « anthropique » : la matrice à sonder est un ensemble de faits archéologiques. Pour autant, l’échantillonnage doit atteindre des objectifs classiques, à savoir déterminer l’étendue et « l’épaisseur » du/des sites, son niveau de stratification, son état de conservation et les phases de datation afférentes. En revanche, la logique d’appréhension du site (positionnement des sondages), comme dans bien des cas en contexte urbain, est conditionnée à des connaissances préalables (contraintes techniques/logiques topologiques/indices visibles et préservés). La démarche reste attachée à l’identification de vestiges en examinant les creusements et les remplissages, leur soumission à « érosion » (éléments tronqués, arasements) ou déplacement (réemplois). Au-delà de son caractère anthropique, le terrain d’étude est surtout « technologique ». La logique statique qui préside à la stabilité du bâtiment investigué accompagne l’analyse archéologique et permet d’aboutir à des conclusions affermies.

Les découvertes, nécessairement partielles, ont donc un niveau de certitude non plus seulement validé par l’archéologie elle-même mais au regard d’une architectonie générale du bâtiment dans laquelle les vestiges sont inscrits. Dans le cas du diagnostic du bâti, il s’avère que le terrain prescrit et ses conditions propres relèvent d’un système qui justifie la cohérence des faits mis au jour. Il s’agit d’un lieu d’investigation particulier dont l’échantillonnage suffit pour fournir un regard de synthèse. Il ouvre classiquement la voie à la recherche, la conservation et même l’anticipation des travaux de recherche archéologique du sous-sol par la restitution des vides et des pleins en 3D. De la structure archéologique en élévation peut dépendre la carte archéologique du potentiel enfoui, de son altimétrie de découverte et donc de l’évolution des stratifications urbaines, essentiellement aux périodes historiques (modèle 3D).

En près de 40 ans, la démultiplication des points d’observations finit moins par répondre à la connaissance d’un site dans toute sa dimension (archi/chrono/destination des bâtiments de Metz) qu’à la découverte d’un modèle théorique de temporalités architecturales (basé sur des savoir-faire, une méconnaissance par l’oubli et les incohérences architectoniques issues d’une décontextualisation des projets originaux). Le diagnostic du bâti civil à Metz ne cherche donc pas à répondre à la connaissance d’une typologie architecturale (tentatives habituelles de classement des vestiges) mais à déterminer le modus operandi (les savoir-faire face aux modes de vie) et ses évolutions sur un environnement architectural donné (la ville de Metz). Son examen et sa documentation permettent d’ailleurs de renforcer l’efficience des opérations de diagnostics, dont près de 90% apportent des informations diachroniques de première importance. La politique de recherche aurait tout à considérer que ce modèle messin puisse être comparé ailleurs en France, grâce à une démarche de diagnostics équivalente dans d’autres villes

Durée :
16'47"
Production :
Inrap
Année :
2017
Contact :

ivan.ferraresso [at] inrap.fr
nathalie.nicolas [at] inrap.fr

Partenaire
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