À Angers, une équipe de l’Inrap a fouillé les vestiges de deux bâtiments élitaires du second Moyen Âge, qui longeaient à l’origine la rive de la Maine.

Dernière modification
13 janvier 2020

Boulevard du Ronceray, à Angers, en amont de travaux d’aménagement du campus des Arts et Métiers (Ensam) , une équipe de l’Inrap a fouillé une surface de 384 m² et mis au jour les vestiges de deux habitats élitaires, construits entre l’abbaye du Ronceray (XIe siècle) et la Maine. L’un, daté des XIIe-XIIIe siècle, est le manoir de Voûte-Coton, l’autre, daté des XIVe-XVe siècle, est le logis de Bellebranche. Tout en étant représentatifs des grands phénomènes d’urbanisation au Moyen Âge, ces deux édifices imposants témoignent de la colonisation de la rive droite de la Maine et offrent une intéressante fenêtre d’observation sur les habitudes de vie de la population jusqu’à la période moderne.
 

Deux habitats différenciés

L’implantation et l’architecture des deux bâtiments indiquent deux types de relation à la rivière. Le manoir de Voûte-Coton repose sur une grande salle basse voutée, perpendiculaire à la Maine et offre un espace de stockage (cellier) qui était naguère ouvert sur le port du Rideau et le trafic fluvial. De plan rectangulaire (16 x 11 m), le logis de Bellebranche tournait sa façade rythmée par trois avant-corps hiérarchisés à pignons vers la rivière pour profiter du paysage. Le soubassement qui servait au maintien du logis hors d’eau, renferme une cave et le fond de deux latrines en façade, et une cave moins profonde à l’arrière.
 

Des latrines parlantes

Les deux latrines du logis de Bellebranche, dotées l’une et l’autre d’un exutoire vers la Maine, ont eu une fonction de vide-ordure. Elles ont ainsi livré un abondant mobilier (vaisselle, objets du quotidien et restes d’animaux consommés) se rapportant à la dernière occupation du logis aux XIXe-XXe siècles. On y a trouvé notamment une quantité importante de coquilles d’huîtres et de coquilles Saint-Jacques, des petits boutons en os et en porcelaine, un encrier en verre et une plume en verre. Des prélèvements sédimentaires (carottage, seaux) devraient, après analyse, apporter nombres d’informations complémentaires sur les habitants du logis. Au-delà du visible, les latrines offrent également un terrain d’analyses biologiques d’une richesse inhabituelle pour les paléoparasitologues (parasites anciens), anthracologues (charbon), carpologues (graines et semences) et archéozoologues (faune) qui pourront documenter les conditions de vie et l’état sanitaire des habitants de cette maison de ville au XIXe siècle et au début du XXe siècle.

De l’archéologie à l'Infra-histoire

Alors que le manoir de Voûte-Coton des XIIe-XIIIe siècle est complètement inédit, le logis de Bellebranche demeurait encore à l'état de ruines au début du XXe siècle, avant de disparaître complètement vers 1957 lors de l'extension de l'École des Arts-et-Métiers. Les censifs et actes notariés ont apporté des informations intéressantes sur ce bâtiment qui, à son origine, appartenait à une riche abbaye mayennaise, l’abbaye de Bellebranche, laquelle s’en servait de pied-à-terre pour loger ses moines venus étudier à l’université d’Angers. Au XVIIe siècle, il appartient au collège royal des jésuites de La Flèche, avant d’être vendu comme bien national à la Révolution française. Le bâtiment échoit ensuite à un propriétaire privé qui compartimente les logements pour en faire un immeuble de rapport. Il reste mentionné jusqu'au XIXe siècle sous l'appellation de maison ou logis de Bellebranche. Son étage de soubassement, en bordure du canal du Rideau, est remblayé avec le comblement de ce dernier et la création du boulevard du Ronceray dans le troisième quart du XIXe siècle. Les recherches menées sur les noms de tous les occupants au XIXe siècle, croisées avec celles qui sont menées sur le mobilier, ouvrent d’intéressantes perspectives sur cette dernière phase d'habitation (XIXe siècle), entre micro-histoire ou infra-histoire matérielle et archéologie des temps modernes.

Aménagement : Rectorat de Nantes
Recherches archéologiques : Martin Pithon, Inrap​