Rue Rouget de Lisle, à Nîmes, les archéologues de l’Inrap ont mis au jour de part et d’autre d’une voie, de riches vestiges d’un quartier urbain mis en place dès la Protohistoire (au IV siècle avant notre ère) et évoluant jusqu’à la fin du IIe siècle de notre ère. Commencées en janvier, ces recherches conduites sur prescription de l’État (Drac Occitanie), à l’occasion d’un projet immobilier porté par la société Les Villégiales, s’achèveront en mai 2021.

Dernière modification
22 avril 2021

L’installation précoce des Volques sur la colline de la Tour Magne

Les archéologues dégagent des structures suivant un plan en lanières, de tradition protohistorique qui confirme l’hypothèse de l’extension de la cité des Volques  (tribu gauloise occupant le Languedoc oriental) sur ce pan de colline. Ces installations, perpendiculaires à une voie empierrée, sont bien datées grâce à la découverte du mobilier céramique du courant du IVe siècle avant notre ère. Les îlots en lanières sont desservis par des espaces de circulation permettant également le drainage des eaux pluviales. Certaines des pièces exhumées, d’usage domestique, sont pourvues de foyers. Jusqu’à présent, de tels vestiges ont été très rarement observés dans l’enceinte de la cité de Nîmes, ce secteur de collines n’ayant pas fait l’objet de travaux archéologiques récents.

Entre tradition celtique et romanisation

La période comprise entre le début du Ier siècle avant notre ère et le règne d’Auguste (27 avant notre ère – 14 de notre ère) correspond à l’occupation la plus dynamique de ce quartier. Des maisons sont édifiées sur un modèle méditerranéen, pourvues de petites cours ou de jardins et abritant des pièces d’apparat aux sols bétonnés et richement décorées d’enduits peints du deuxième style pompéien (50 à 30 avant notre ère). Dans une de ces maisons, deux petits autels votifs, dont l’un est dédié aux Proxumes, déesses gauloises, témoignent de la pérennité des traditions celtiques. Certaines maisons comprennent également des espaces dédiés au stockage de denrées (huile ou vin). Dans le même temps, vers le début du Ier siècle, la voie est soigneusement pavée. Enfin, entre le Ier et le IIe siècle, la fonction résidentielle du quartier s’amoindrit au profit d’activités artisanales avec, notamment, la présence de fours pour la production de céramique. Les ultimes traces d’occupation semblent confirmer un abandon du quartier avant la fin du IIe siècle. Remis en culture, il ne sera plus urbanisé.

Nouvelles connaissances sur l’architecture en terre crue

La mise en œuvre des maçonneries des domus fait appel à des techniques de construction en terre massive ou en briques crues. Si les parties basses des murs sont en pierres liées à la terre, l’essentiel de l’architecture fait appel à la technique de la terre crue (briques moulées, terre moulée empilée sans utiliser de coffrage ou un mélange des deux). Les sols sont eux aussi en très large majorité en terre. L’ampleur des travaux a nécessité un apport conséquent en matériau, fourni par des artisans travaillant dans des carrières alentours. L’ensemble de ces constructions faisait appel à des corps de métiers professionnels, spécialistes du bâti en terre, technique ancienne bien maîtrisée par les populations celtes du midi de la Gaule. Cette technologie est encore bien présente durant l’époque romaine, trahissant longtemps l’héritage volque dans l’architecture de la cité.

Aménagement : Les Villégiales
Contrôle scientifique : Service régional de l’Archéologie (Drac Occitanie)
Recherche archéologique : Inrap
Responsable scientifique : Ghislain Vincent, Inrap