Depuis septembre 2017, une équipe d’archéologues de l’Inrap fouille les abords du chevet gothique de la cathédrale Saint-Julien. 

Chronique de site
Dernière modification
23 avril 2018

Depuis septembre 2017, une équipe d’archéologues de l’Inrap fouille, sur prescription de l’Etat (Drac Pays de la Loire), les abords du chevet gothique de la cathédrale Saint-Julien, au Mans. En effet, l’aménagement des jardins, programmé par la mairie, est l’occasion d’ouvrir une fenêtre de plus de 2 000 m² sur le passé de la ville. Celle-ci révèle deux mille ans d’histoire débutant dès les premiers temps de Vindinum, chef-lieu de cité des Aulerques Cénomans et nom antique du Mans.

Une enceinte antique contre les invasions barbares ?

Vers la fin du IIIe siècle de notre ère, la cité se dote d’un puissant système défensif protégeant les neuf hectares de la cité antique. L’enceinte comporte 42 à 48 tours, dont 19 sont encore visibles. Aujourd’hui, la ville du Mans œuvre à son inscription sur la liste du patrimoine mondial de l’Unesco. L’enceinte est colorée par l’usage de mortier rose, décorée par l’alternance de grès et de calcaire et rythmée par des chaînages de brique. Elle est aussi ornée de motifs géométriques (en V, chevrons, décors floraux stylisés…). L’authenticité de ces décors fut parfois remise en question, l’enceinte ayant fait l’objet de restaurations, notamment au XIXe siècle. Les archéologues confirment qu’elle est antique, ces ornements singuliers sont en effet présents dans les pans de murs qu’ils viennent de dégager.

Les fouilles viennent de mettre au jour trois tours, dont la tour Saint-Michel conservée sur près de 5,30 m de hauteur. Il est donc possible d’appréhender la structure architecturale de cette fortification, ainsi que la mise en œuvre de sa construction (présence de trous de boulin, mise en œuvre du mortier et du petit appareil, avancée des différentes équipes, tracés régulateur…). La tour d’angle, dite « de l’évêché » a été dégagée jusqu’à son soubassement monumental, ainsi que sa tranchée de fondation. Bien qu’arasée au XIIIe siècle, la tour Saint-Joseph a révélé ses fondations sur double rangée de pieux, sorte de pilotis dessinant son tracé disparu.
La monumentalité de l’enceinte du Mans, sa richesse décorative remettent en question l’urgence de son édification au IIIe siècle face à d’hypothétiques « invasions barbares ». Parallèlement, cette étude permet d’affiner la chronologie encore imprécise du monument, de mieux cerner le contexte politique, les raisons de son érection.

Dynamique urbaine, cathédrale, guerre de Cent ans

Cette enceinte antique a longtemps protégé la cité médiévale du Mans. En 1350, au début de la guerre de Cent ans, la ville se dote d’un nouveau système défensif. Construit en hâte, un rempart est précédé d’un grand fossé, tandis que les terres de ce fossé remblaient l’intérieur du mur. Cette fortification est bien conservée. C’est dans ce contexte d’urgence qu’un quartier d’habitation est rasé. Il témoigne de la rétractation de l’emprise urbaine en ces temps troublés. La ville sera d’ailleurs prise par les Anglais en 1425.

Les archéologues ont dégagé, sur plusieurs assises, le chevet gothique de la cathédrale et parfois ses fondations. Ils révèlent aussi l’histoire de ses bâtisseurs. Sont présents dans la stratigraphie les éclats des tailleurs de pierre, les fragments de plomb des maîtres verriers ainsi que les aires de travail des maçons.

Un grand bâtiment de 300 m², en lien direct avec l’église, vient d’être dégagé, ainsi que les fondations d’une chapelle inconnue. Ces deux ensembles font partie du palais épiscopal, dont la chronologie reste à préciser (XIIIe siècle ?). Ils correspondent à l’aula, grand édifice public lié à l’affirmation du pouvoir de l’évêque, personnage central du Moyen Âge et à la capella répondant aux besoins de dévotion.

Parallèlement, la fouille livre une série originale de près de 500 éléments lapidaires. Une partie de ces sculptures provient des états les plus anciens de la cathédrale, d’autres sont issus de la chapelle du cardinal de Luxembourg, datée du début de la Renaissance.
Au-delà de la monumentalité des découvertes, une approche globale d’archéologie urbaine est déployée sur ce chantier renouvelant la connaissance de l’histoire du Mans, de l’Antiquité à l’Époque moderne.

Journées portes ouvertes à l’occasion de Mans’Art 2018

Samedi 14 et dimanche 15 avril, les archéologues de l’Inrap, en collaboration avec le service Tourisme et Patrimoine de la ville du Mans, accueilleront exceptionnellement les visiteurs sur le site.

Au programme : visites commentées (sur inscription) et ateliers tous publics « Enquête avec un archéologue » et « Les pierres aussi racontent des histoires » (en accès libre) dans la cour de la Psalette. Samedi et dimanche à 15h, les visites seront traduites en Langue des Signes Française.

Pour les visites, réservation obligatoire : les billets sont à retirer à la Maison du Pilier Rouge. Renseignements : 02 43 47 40 30

Aménagement  Ville du Mans
Contrôle scientifique Service régional d’Archéologie (Drac Pays de la Loire)
Recherche archéologique Inrap
Responsable scientifique Stéphane Augry, Inrap
Terrassement, sécurité : Charier TP