Importante bourgade gallo-romaine au sud du territoire séquane, Isarnodurum (Izernore) intrigue les archéologues depuis trois siècles. La divinité pour laquelle a été bâti son temple est toujours une énigme, de même que ses puits longtemps associés à des finalités cultuelles. Les dernières fouilles de l'Inrap apportent des précisions inattendues...

Dernière modification
17 août 2020

Durant l’été 2020, une équipe d’archéologues de Inrap a conduit, sur prescription de l’État (Drac Auvergne – Rhône-Alpes), une fouille archéologique rue des Trablettes à Izernore, sur un terrain de 3000 m². L’opération a mis en évidence un quartier d’habitation antique en activité entre le Ier et le Ve siècle ainsi qu’un ensemble de puits.

Un quartier d’habitation en activité du Ier au Ve siècle

Au début du Haut-Empire, des maisons aux sols en terre battue et aux murs faits de torchis furent élevées sur cette zone plane en légère élévation. Probablement entre le IIe et le IIIe siècle, cet ensemble est détruit pour faire place à de nouvelles constructions aux sols de mortiers de chaux. Enfin, un bâtiment sur cave et quelques fosses attestent une pérennité de l’occupation au cours du IVe, voire du Ve siècle.

La fouille de puits

Dès le diagnostic, les archéologues avaient noté le nombre important de puits. La cellule d’intervention sur les structures archéologiques profondes (Cisap) de l’Inrap est intervenue pour l’étude de trois d’entre eux. Un quatrième puits, retrouvé dans le bâtiment sur cave, a pu être fouillé de façon plus traditionnelle. Bien que comblés, tous les puits se sont révélés encore fonctionnels. Dans la partie encore en eau, à l’abri de l’air et de la lumière, l’état de conservation du mobilier enseveli s’est révélé exceptionnel. Des vases entiers, une base de colonne, une clef et un stylet en fer, des jetons en os, mais aussi deux semelles en bois de chaussure d’enfant, plusieurs objets en bois tournés, ainsi que des tablettes servant à l’écriture ont ainsi été exhumés. Des branches et des graines vont aussi permettre de connaitre le couvert végétal du secteur à l’époque romaine.

Semelle en bois de chaussure d’enfant.

Semelle en bois de chaussure d’enfant.

Inrap

Le nombre important de puits est une problématique propre à Isarnodurum et a fait l’objet de biens des interrogations au fil du temps. Ils ont été qualifiés de votifs et mis en lien avec le fameux temple romain d’Izernore, mais certaines structures considérées comme des puits seraient en fait des aménagements destinés à des activités domestiques ou artisanales (forge? stockage?...). En effet, la nappe phréatique court sur une couche d’argile étanche à moins de 3 m de profondeur. La construction d’un puits ne nécessitait donc pas un travail très important et son coût demeurait limité. La mutualisation des moyens pour un bien collectif n’étant pas indispensable, chaque foyer devait être tenté de s’offrir sa propre source d’approvisionnement. Sur près de cinq siècle, le nombre de point d’eau s’en ressent…

Historique de la recherche archéologique à Izernore

Les ruines d’un temple romain dont trois piliers d’angle pourvus de colonnes engagées encore en élévation sont mentionnées par les textes dès le VIe siècle. Le lieu, qui a arrêté l'attention des pionniers de l’archéologie,  a fait l’objet de fouilles dès 1783. En 1864, le levé topographique des dix ensembles de vestiges antiques alors mis au jour dans le bourg a été reporté sur le fond cadastral de la ville, fournissant un document novateur pour l'époque qui est encore à la base de toute recherche sur la localité.

Dans les années 1960, des prospections aériennes ont permis de compléter la trame du tissu urbain. Les dernières études archéologiques de grande ampleur se sont déroulées dans les années 70, avant que l'Inrap ne mène en 2014 une nouvelle campagne de fouille dans le temple, à l’occasion de travaux de restauration. Depuis deux ans, un programme de recherches géophysiques destiné à connaitre l’étendue de la ville antique est réalisé par l’équipe chargée de la géophysique et de la télédétection à l’Inrap pour le compte du musée archéologique de la ville d’Izernore.

Aménagement : Particulier
Contrôle scientifique : Service régional de l’archéologie (Drac Auvergne – Rhône-Alpes)
Recherche archéologique : Inrap
Fouille des puits Cisap : Inrap
Responsable scientifique : Emmanuel Ferber, Inrap