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Lourdes, un château en perpétuelle mutation (Hautes-Pyrénées)
Une équipe de l’Inrap a mené, sur prescription de l’État (Drac Occitanie), une étude de bâti au château de Lourdes. Classé Monument Historique depuis 1995, cette intervention s’inscrit dans le cadre du projet de restauration et de rénovation du château lancé par la ville.
Aux origines du château de Lourdes
Sa situation géographique culminante, sur un éperon rocheux au point de contact entre la plaine et la montagne, à un carrefour dominant le Lavedan et un étranglement avec la frontière espagnole, font de l’éperon rocheux de Lourdes un site stratégique pour édifier une forteresse. Les découvertes de céramiques de l’âge du Fer, et de lapidaire funéraire Antique indiquent que l’éperon est fréquenté à ces époques. On ne connaît pas de source écrite antérieure au XIe siècle quand le château est mentionné, en 1085, comme résidence des comtes de Bigorre. Il est cédé en 1195 au vicomte de Tartas, soutien du roi d’Angleterre. Durant les XIIIe siècle et XIVe siècles, les rois de France, d’Angleterre et de Navarre se le disputent âprement et il change plusieurs fois de mains. En 1407, après un an et demi de siège, l’armée royale française conquiert le château. Durant le XVIe siècle, c’est aux catholiques et protestants de se le disputer. À partir de 1668, le fort sert de prison. En 1685, Vauban dessine un projet de modernisation des fortifications, qui sera mis en œuvre et amélioré au cours des deux siècles suivants, puis largement restauré à la fin du XIXe siècle.
Entrée de la ville avec pont-levis à flèches (au fond), intégré dans un système bastionné (dit ouvrage à corne) renforcé de meurtrières.
© Catherine Viers, Inrap
Une étude approfondie du bâti
En préalable, l’étude s’est basée sur la relecture et la réinterprétation des sources écrites. Elle a mis en œuvre les techniques d’analyse propres à l’archéologie, croisées avec des jalons typologiques et chronologiques issus de l’histoire de l’art et de l’architecture. Cette analyse a permis de proposer un référentiel propre au château qui distingue les matériaux utilisés, les techniques de construction et de mise en œuvre, les formes architecturales qui caractérisent chaque époque. La synthèse de ces différentes approches autorise une relecture de l’édifice, de l’époque romane au XIXe siècle. En effet, malgré une histoire mouvementée et des remaniements constants, l’édifice a conservé ses murailles médiévales. Elles ont été transformées et réaménagées au gré des luttes de pouvoir et de l’évolution de l’armement et des défenses.
Vue générale de la forteresse de Lourdes, côté ouest.
© Catherine Viers, Inrap
Appareils de la maçonnerie de la face est du cavalier sud. A droite, petit appareil du chemin de ronde, à gauche moyen appareil, strictement contemporain de la tour.
© Catherine Viers, Inrap
Les latrines sur un des redents médiévaux du chemin de ronde.
© Catherine Viers, Inrap
Un château en perpétuelle mutation
Face à l’inaccessibilité des ouvrages, dressés au bord d’escarpements abrupts, les archéologues ont utilisé un drone dont les images leur ont permis de restituer en 3D l’ensemble du château fort. L’image qui émerge est celle d’un édifice en chantier et en mutation perpétuels. L’abandon du statut de résidence comtale au XVIIe siècle a réduit l’aspect ostentatoire du bâtiment mais, stratégiquement, le fort reste un des points d’achoppement des mouvances territoriales par sa situation frontalière. Les reconstructions, réalisées dans l’urgence suite aux destructions successives, n’offrent pas l’occasion d’une restructuration générale, mais plutôt celle de la juxtaposition et de l’adjonction de constructions sans refonte d’ensemble, depuis le début du Moyen Âge jusqu’au XVIIIe siècle. Avec l’intervention du Génie militaire dès le début du XVIIIe siècle, le château devient l’objet de travaux de plus d’ampleur, réalisant et améliorant au fur et à mesure les préconisations exprimées par Vauban jusqu’à la fin du XIXe siècle.
Vue du donjon du château de Lourdes. Ce dernier, construit au XIVe-XIVe siècle dominait trois autres tours aujourd’hui disparues.
© Catherine Viers, Inrap
Contrôle scientifique : Service régional de l’’archéologie (Drac Occitanie)
Recherche archéologique : Inrap
Responsable scientifique : Catherine Viers, Inrap
Topographes : Vincent Arrighi, Fabien Callède, Axel Daussy, Inrap