À Clichy-la-Garenne (Hauts-de-Seine), sous plus de quatre mètres de remblais modernes, l'Inrap étudie les anciennes alluvions de la Seine. Dans les niveaux les plus anciens, ont été mis au jour plusieurs silex taillés (« méthode Levallois ») révélant la présence de Neandertal, ainsi que les vestiges d'un éléphantidé.

Dernière modification
19 octobre 2020

Une équipe de préhistoriens, géomorphologues et paléo-environnementalistes de l’Inrap fouillent, sur prescription de l’État (Drac Île-de-France), à Clichy-la-Garenne. Ils viennent de mettre au jour, un site préhistorique du Paléolithique moyen (-350 000 ans/-45 000 ans) ainsi que des vestiges d’une défense d’éléphantidé, mammouth ou éléphant antique, pris dans d’anciens sols gelés.

 

Retour vers… Clichy et Levallois

Les carrières et sablières de la boucle de la Seine, entre Clichy et Levallois, sont bien connues des préhistoriens et des géologues du Quaternaire. Entre 1860 et 1870, à l’occasion de l’aménagement du Paris haussmannien, de nombreuses découvertes y sont faites : industries lithiques, faunes mais aussi rares fossiles attestant de la présence de l’Homme dans le Bassin parisien durant la Préhistoire ancienne. Parallèlement, c’est à partir des silex taillés et retrouvés dans des carrières de Levallois-Perret que fut identifiée, à cette époque, une méthode de débitage, désormais reconnue à l’échelle internationale et appelée « la méthode Levallois ». Clin d’œil de l’Histoire, c’est aujourd’hui également dans un contexte de réaménagement péri-urbain du Grand Paris que de nouveaux « outils Levallois » ont été découverts.

Les sols gelés des rives de la Seine

Depuis le XIXe siècle, cette partie de la moyenne vallée de la Seine demeurait peu documentée. Les recherches actuelles sont une occasion unique d’observer, dans une large fenêtre, ses stratigraphies, d’entreprendre des études géomorphologiques et paléo-environnementales pour comprendre la formation du paysage et d’appliquer des méthodes de pointes.
Sous plus de quatre mètres de remblais modernes, reposent, très bien conservés, les anciennes alluvions de la Seine. Les séquences alluviales à la base de la coupe stratigraphique sont affectées par des phénomènes de glaciation, fréquents pendant la Préhistoire.
En milieu très urbanisé, dans un espace contraint, les archéologues ont mis en œuvre une méthodologie peu courante, conjuguant une large tranchée (généralement pratiquée durant les diagnostics) et des décapages successifs.

Des éclats Levallois

Dans les niveaux les plus anciens, la découverte de plusieurs silex taillés, notamment des outils, associés à des restes de faune, révèle la présence de Neandertal sur les rives du fleuve. Ces éclats tranchants, dans un silex local débité selon la « méthode Levallois », sont typiques du Paléolithique moyen. Cette méthode consiste à contrôler le volume du nucléus (matrice dont on extrait des produits de débitage) pour obtenir des éclats prédéterminés (éclats Levallois) pouvant être (ou non) par la suite transformés en outils.

Une faune préhistorique

Trois ensembles fauniques ont été mis au jour lors de la fouille. Le premier se compose notamment de grands herbivores, dont le cheval et le bison, tandis que le second est en cours d’analyse.  À Clichy, c’est dans les couches stratigraphiques supérieures que l’équipe de l’Inrap vient de découvrir les vestiges d’une défense d’éléphantidé, dont l’espèce n’est pas encore déterminée : mammouth laineux (Mammuthus sp.) ou éléphant antique (Palaeoloxodon antiquus) ? Très fragmentée, cette défense confirme la présence de ces géants de la préhistoire sur les rives de Seine. Elle n’est actuellement pas datée : une analyse 14C par AMS (méthode de la spectrométrie de masse par accélérateur) s’est avérée négative en raison de l’absence de collagène dans le fossile. D’autres analyses sont en cours. En moins de dix ans, l’Inrap a mis au jour plusieurs restes de mammouth laineux (Mammuthus primigenius) en Île-de-France, notamment dans deux sites du Paléolithique moyen : Changis-sur-Marne et Montereau-sur-le-Jard (Seine-et-Marne).

Aménagement : COGEDIM
Contrôle scientifique : Service régional de l’archéologie (Drac Ile-de-France)
Recherche archéologique : Inrap
Responsable scientifique : Sophie Clément, Inrap