Une équipe de l'Inrap fouille la salle cruciforme située sous la piste des arènes de Nîmes. Les archéologues y ont découvert de multiples traces d'aménagements techniques servant à l'organisation des jeux, confirmé plusieurs phases successives d’utilisation de ces galeries, ainsi que la récurrence, depuis l'Antiquité, d'un problème d'évacuation des eaux de pluie.

Dernière modification
11 décembre 2019

Commandée et financée par la Ville de Nîmes, une nouvelle fouille archéologique menée par l'Inrap s’est ouverte dans l’amphithéâtre, sous le contrôle scientifique du Service régional de l’archéologie (SRA à la DRAC Occitanie). Cette nouvelle campagne s’inscrit dans le cadre du chantier de restauration des Arènes, entrepris par la Ville depuis plus de 10 ans. Les archéologues concentrent leurs recherches dans la salle dite « cruciforme », située sous l’arène et accessible par une trappe située au milieu de la piste. C'est l’un des points les plus bas de la cité antique, un vaste puisard alimenté par la nappe phréatique ou par le ruissellement et qui posait dès l'Antiquité le problème de l’évacuation de l’eau.
L’objectif poursuivi est d’interpréter les aménagements souterrains et de mieux appréhender la problématique des eaux de pluie, passée et présente. Ces investigations permettront de compléter l’enregistrement des données archéologiques, de contribuer à la restitution de l’histoire et l’évolution de cet espace technique souterrain et de rassembler toute information utile pour la conservation de cet espace et l’étude globale du monument.

L’amphithéâtre le mieux conservé du monde romain

Construit à la toute fin du Ier siècle de notre ère, l’amphithéâtre de Nîmes n’a cessé d’être occupé durant ses 2 000 ans d’histoire. D’abord édifice de spectacle pouvant accueillir 24 000 spectateurs sous l’Empire romain, le monument devint successivement forteresse, résidence de l’administration féodale puis quartier de la ville jusqu’au XIXe siècle. Grâce à cette occupation ininterrompue, l’édifice a échappé au pillage systématique de ses matériaux et à une destruction irréversible. Il est l’amphithéâtre le mieux conservé du monde romain.

Un réseau de galeries sous l’arène

Découverte en 1819 par Stanislas-Victor Grangent, ingénieur chargé de la restauration du monument, la salle dite « cruciforme », parce que composée de deux galeries perpendiculaires, se situe en sous-sol, au centre de l’arène. La première campagne d’étude est menée en 1865 par Henri Révoil ; la salle est alors identifiée comme « coulisses » de l’édifice de spectacle, du temps des jeux romains. Il faut attendre les années 1980 pour que de nouvelles fouilles soient entreprises sous la piste. Les archéologues mettent alors au jour un réseau complexe de galeries creusées dès l’Antiquité qui viennent compléter le plan et le phasage du réseau souterrain. Durant l’hiver 2015-2016, l’Inrap réalise des sondages dans la salle cruciforme ; ces derniers révèlent la présence d’un large drain central creusé dans le substrat, ils confirment plusieurs phases successives d’utilisation de ces galeries, notamment comme espace de stockage, avec des agrandissements et des réfections, jusqu’à leur abandon et leur remblaiement définitif dès l’Antiquité, à une date qui reste à préciser.

Perspectives de la nouvelle campagne de fouille dans la salle cruciforme

Depuis le début de ce nouveau chantier, les archéologues ont décapé les couches de gravats des XIXe-XXe siècles. Les premiers vestiges apparaissent déjà, notamment une fosse de grande dimension (environ 4 mètres par 3 mètres). Cet aménagement doit correspondre au « puits romain » ou « puits des wisigoths » mentionné dans les archives et sur les plans anciens. En outre, des niveaux de sols et de multiples fosses antiques liées aux aménagements techniques (monte-charge, plateforme, etc.) ont été découverts. Ils démontrent que cet espace a été largement occupé et plusieurs fois remanié.
Le chantier se poursuit jusqu’à la mi-mars 2020 avec l’étude des différentes phases d’occupation ainsi que le supposé puits, grâce à l’intervention d’une équipe de l’Inrap spécialisée dans la fouille des structures archéologiques profondes.