Conférences
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Mis à jour le
05 février 2018
Colloque
Le diagnostic comme outil de recherche

Ce deuxième séminaire scientifique et technique s’est tenu à Caen, à l'auditorium du château, les 28 et 29 septembre 2017. Il a été organisé par l'Inrap (David Flotté et Cyril Marcigny) avec le soutien du département du Calvados et de la Mairie de Caen.

À Nîmes (Gard), sur un territoire d’étude d’environ 150 km2, la politique archéologique menée depuis trois décennies a généré une investigation assez systématique du sous-sol. Les quelque 500 opérations préventives (diagnostics et fouilles confondus) ont concerné plus de 820 hectares et livré une masse documentaire considérable dont l’enrichissement est constant. 

Auteurs et intervenants

  • Jean-Yves Breuil, ingénieur chargé de recherche, Inrap Méditerranée / UMR 5140 ASM - Archéologie des Sociétés Méditerranéennes
  • Pierre Séjalon, ingénieur chargé de recherche, Inrap Méditerranée / UMR 5140 ASM - Archéologie des Sociétés Méditerranéennes

Elles attestent, au sein d’une stratigraphie plutôt complexe et souvent très contractée (de l’ordre du mètre), d’une forte densité des occupations humaines depuis le Néolithique. Ces facteurs, conjugués à la présence stable dans la région de nombreux chercheurs, ont favorisé l’émergence d’une véritable recherche de fond qui trouve sa traduction notamment dans un Projet Collectif de Recherche rassemblant aujourd’hui 50 acteurs de l’archéologie préventive. Le travail d’analyse est voué à l’étude diachronique (du Paléolithique à l’époque moderne) des dynamiques d’occupation de ce territoire et des systèmes d’interactions entre l’homme et son environnement. Il existe également un PCR centré sur la topographie de la ville romaine.

Inféodés à la croissance urbaine et aux aléas de l’aménagement du territoire local (développement segmenté des zones d’activité, plan pluri-décennal d’ouvrages hydrauliques, etc.), les diagnostics archéologiques en région nîmoise sont souvent conduits sur de petites surfaces ; hors tracés linéaires, la moyenne s’établit à 1,5 ha. Cette parcellisation a généré un morcellement des données archéologiques et force est de constater que finalement les diagnostics sont assez peu suivis de fouilles extensives, ou alors sur des surfaces limitées (en moyenne 4000 m2). La Zac du Mas des Abeilles au sud de Nîmes est à ce titre emblématique : sur cette zone de 35 ha riche de vestiges de toutes époques, 26 opérations se sont déroulées en 12 ans dont 5 fouilles couvrant à peine plus
de 5 % de la surface diagnostiquée.

Cette double réalité (un groupe de recherche conséquent portant sur toutes les périodes et de très nombreux diagnostics pas toujours suivis de fouilles extensives) a de facto inscrit le diagnostic comme un outil fondamental de la recherche archéologique sur le territoire nîmois au sein d’un processus que l’on pourrait qualifier d’hélicoïdal ; en effet, le diagnostic est bien entendu une évaluation du potentiel archéologique qui peut générer une fouille (processus linéaire) mais il bénéficie également en retour (processus circulaire) des éléments acquis par les résultats des recherches qui vont influer directement sur son exercice même : la collecte des informations lors du diagnostic va alors être affinée, précisée pour intégrer des problématiques élargies (ne se limitant pas au seul site).

Ce décloisonnement spatial et chronologique ne modifie en rien les objectifs du diagnostic qui demeurent les mêmes : la caractérisation des sites et de leur environnement  à travers la nature des vestiges et des sédiments, leur état de conservation (taphonomie), leur extension et leur datation. Mais, en prenant appui sur un partage des connaissances et des problématiques, il force à une interrogation plus fine et une exploration plus intensive des tranchées quelle que soit la densité des vestiges ou des anomalies : analyse systématique des séquences sédimentaires, restitution de la paléotopographie, questionnement sur l’absence des vestiges à une période donnée, prélèvements paléo-environnementaux, investissement sur les vestiges ténus, précision maximale des datations, …

Concrètement, cela se traduit par une intervention des spécialistes dès la phase-terrain ; paléo-environnementalistes (géomorphologue, malacologue, …), archéozoologue, archéo-anthropologues, spécialistes des différentes périodes, spécialistes des mobiliers sont sollicités pour apporter leur expertise et  parfois donner une nouvelle orientation au diagnostic au gré des problématiques suscitées.

Cet investissement collectif des diagnostics pour créer une donnée précise, fiable et utilisable oblige à une homogénéisation des procédures (par exemple le géo-référencement des relevés) et de l’enregistrement des données (utilisation d’une même base de données : syslat).

Les données issues des diagnostics nîmois complétées avec celles issues des fouilles participent à de nombreuses thématiques de recherche. Cependant, le développement de certains thèmes de recherche dépend presque exclusivement des diagnostics.

La cartographie des sols et de certaines signatures sédimentaires caractéristiques ainsi que l’étude du rôle des anciens cours d’eau dans la plaine nîmoise (Chevillot et al. 2008) n’a été possible qu’à travers l’analyse géo-archéologique systématique des séquences sédimentaires de toutes les tranchées. De même, l’analyse de la topographie urbaine antique (initiée par M. Monteil en 1999 et poursuivie aujourd’hui) prend appui très largement sur les nombreux diagnostics urbains. L’importante étude conduite sur le parcellaire du 2e âge du Fer et de l’Antiquité n’aurait pas lieu d’être sans les milliers de tronçons de structures linéaires (fossés pour l’essentiel) repérés lors des diagnostics. Le questionnement autour de l’occupation humaine du 1er âge du Fer (8e -7e siècle av. n. è.) se fonde exclusivement sur les mobiliers et les données des diagnostics, aucune fouille n’ayant été réalisée sur cette période.

On pourrait ainsi multiplier les exemples montrant qu’une approche qualitative du diagnostic (sur un secteur assez restreint) en fait un outil central de la recherche, même si on doit reconnaître et prendre plus en compte une certaine fragilité des reconnaissances, identifications et interprétations faites à partir du diagnostic du fait même de l’étroitesse de l’observation et de la méthode d’échantillonnage propre à ce type d’évaluation.

Durée :
24'10"
Production :
Inrap
Année :
2017
Contact :

jean-yves.breuil [at] inrap.fr
pierre.sejalon [at] inrap.fr

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