Une équipe d’archéologues de l’Inrap réalise, sur prescription de l’État (Drac Occitanie), une fouille dans le centre-ville de Prades (Pyrénées-Orientales). Cette opération située entre la place Catalogne et la rue du Palais de Justice permettra de discerner l’évolution de cet îlot urbain de l'Antiquité au XXe siècle.

Dernière modification
03 novembre 2021

Une campagne péri-urbaine pendant l’Antiquité ?

Le développement de la cité de Prades au cours de l’Antiquité est encore inconnu.  Le centre-ville actuel est-il déjà un centre urbain ? Un diagnostic archéologique effectué avant la fouille atteste déjà de la présence de constructions disséminées datant des Ier et IIe siècles après J.-C. Celles-ci consistent en des sols et des indices d’une activité de métallurgie – probablement de réduction du minerai de fer. Ils sont associés à quelques murs et trous de poteau. Ces éléments évoquent des aires de travail, certaines sous abri, en campagne ou en milieu périurbain. Ces aménagements pouvaient border une voie de circulation, la Ruha, qui aurait structuré l’organisation de l’occupation dès l’Antiquité. La fouille prolonge ces observations et livre, au jour le jour, de nouvelles données sur l’Antiquité de cet îlot urbain.

Au Moyen Âge, un quartier artisanal dédié à la métallurgie du fer

La fouille montre qu’au IXe ou au XIIIe siècle, une activité d’artisanat métallurgique se développe sur le site. Les archéologues ont mis au jour une zone de stockage du minerai de fer. Le bas fourneau n’a pas été conservé mais des indices subsistent des étapes de l’affinage du métal : le corroyage (où le métal était soudé à plusieurs reprises pour évacuer ses impuretés) et la fabrication des outils ainsi que la cémentation (la dernière étape de la chaîne opératoire : les objets en fer étaient chauffés au contact de poudre de charbon de bois et de poudre de corne et d’os pour enrichir le métal en carbone afin de le solidifier). Ce sont principalement les résidus de l’activité métallurgique qui sont retrouvés en contexte archéologique: couches de battitures (particules de métal qui se détachent lors du martelage) ; scories qui se sont déposées dans les ateliers ou ont été rejetées sur la rive du cours d’eau canalisé dès le Moyen Âge.

 tas de minerai et proximité du bas fourneau

Secteurs d’activité métallurgique le long de la Ruha aux XIIIe-XIVe siècles. La plupart des murs présents sur le cliché sont ceux des maisons postérieures. Les ateliers du Moyen Âge étaient construits de façon plus légère, en terre et bois. 

1 à 3 : ateliers de forge de corroyage et de mise en forme

4 : forge d’épuration

5 : zone de rejet de la forge dépuration

6 : zone de réduction : tas de minerai et proximité du bas fourneau

© C. da Costa, Inrap


Un quartier urbanisé à la Renaissance et en constante évolution

Réalisé en amont de la fouille, un diagnostic d’archéologie sur le bâti a permis de révéler l’évolution structurelle des habitations encore en élévation.

Les recherches montrent qu’à partir du XVIe siècle, la Ruha, aujourd’hui rue du Palais de Justice, s’urbanise avec la construction des premières maisons. Ces maisons occupent des parcelles en lanière et ont une façade principale sur la rue. Elles sont de dimensions assez modestes, de 4 à 5 m de large, autant de profondeur avec un étage, peut-être en encorbellement. À l’arrière, elles ouvrent sur des cours et des jardins qui s’étendent jusqu’au canal. Celui-ci est alors cloisonné par deux murets de bordure et sert d’exutoire aux eaux sales et aux ordures des maisons. Les archéologues y retrouvent les objets qui y ont été rejetés depuis la fin du XVe siècle.


À partir du XVIIIe siècle, les maisons se développent, recouvrant même le canal. En 1847, la municipalité décide d’aligner les façades sur la rue du Palais de Justice et celles-ci sont refaites dans les années qui suivent avec un retrait de quelques décimètres sur toutes les parcelles.

Les différentes maisons du projet «Coeur de ville» sur le cadastre napoléonien de 1824. À cette période, la rue Jean Jaurès n’est pas encore percée.

Les différentes maisons du projet «Coeur de ville» sur le cadastre napoléonien de 1824. À cette période, la rue Jean Jaurès n’est pas encore percée. 

Source : cadastre napoléonien numérisé (S. Lambert, Service archéologique départemental) et Géopole pour Agir Promotion. © Infographie C. Jandot/J.Kotarba (Inrap)


Une des maisons était restée intacte depuis sa désaffectation au milieu du XXe siècle. Telle une capsule temporelle, elle conservait une quantité exceptionnelle d’objets du quotidien de ses derniers habitants. Les papiers peints et l’étude de l’architecture intérieure des logis a permis aux archéologues de restituer et de rendre compte de l’évolution des modes au sein des habitats, mais aussi des effets de l’arrivée de l’eau courante et de l’électricité.

Aménagement : AGIR Promotion
Contrôle scientifique : Service régional de l’archéologie (Drac Occitanie)
Recherche archéologique : Inrap
Responsable scientifique du diagnostic sur le  bâti :  Céline Jandot, Inrap
Responsable scientifique du diagnostic du sous-sol : Jérôme Kotarba, Inrap
Responsable scientifique de la fouille : Odile Maufras, Inrap