L'Inrap vient de mettre au jour un hypogée du Néolithique à Saint-Memmie (Marne) datant de plus de 5000 ans et contenant une cinquantaine de corps dans un état de conservation exceptionnel.

Dernière modification
20 novembre 2019

Une équipe d’archéologues de l’Inrap mène une fouille, sur prescription de l’État (Drac grand Est), à Saint-Memmie (Marne), en périphérie de Châlons-en-Champagne, en amont de la création d’un supermarché LIDL. Étendue sur une surface de 5 000 m2, cette fouille a été l'occasion d'une découverte exceptionnelle avec la mise au jour d’un hypogée, datant du Néolithique, vers 3500 à 3000 ans avant notre ère. Les hypogées, monuments funéraires, sont particulièrement représentés dans le département de la Marne : 160 ont été identifiés au fil des siècles, mais la plupart ont été visités et vidés sans étude archéologique. Aujourd’hui, seuls cinq de ces monuments ont été correctement documentés. La fouille en cours à Saint-Memmie, qui bénéficie des dernières méthodes et technologies de l’archéologie préventive, va permettre de renouveler profondément les connaissances sur cette pratique funéraire et l’architecture de ce type de sépulture.
 

Une chambre funéraire de plus de 5000 ans

Les hypogées sont des tombes creusées dans le sol (sous-sol ou flanc de colline), constitués d'un couloir menant généralement à une chambre unique. Souvent directement creusé dans la craie, l'hypogée prend la forme d’une cave ou d’une grotte et il est plus particulièrement représenté dans la Champagne crayeuse, entre Épernay et les marais de Saint-Gond. Celui en fouille à Saint-Memmie est constitué d’une entrée ouvrant sur un couloir en pente long de 3,80 mètres. Il mène à une antichambre permettant d’accéder à la chambre funéraire par une ouverture étroite où seul peut passer un homme recroquevillé. Cette chambre de 6 m² est caractéristique des hypogées de la Marne, mais l’entrée du monument interroge les archéologues : une partie du monument était-elle en élévation, accessible depuis le niveau du sol de l’époque, ou l’intégralité de la tombe était-elle souterraine ?
 

Plus d’une cinquantaine de défunts en très bon état de conservation

La fouille de la chambre funéraire a révélé à ce stade plusieurs niveaux d’ossements denses et imbriqués, particulièrement le long des parois et au fond du monument. Plus d’une cinquantaine de crânes sont déjà comptés et une trentaine de défunts aux ossements identifiés sont en cours d’étude par les anthropologues. Dans la zone la plus dense, les archéologues retrouvent de nombreux os brûlés. Dès la fouille du premier niveau, les anthropologues ont constaté que la chambre réunissait des hommes et des femmes ainsi que des nourrissons, des enfants et des adolescents.
La méthode de fouille utilisée permettra de comprendre les mouvements des corps, de leur dépôt à leur état actuel. Grâce à cette fouille, les anthropologues disposeront des informations liées à la décomposition des chairs et aux remaniements des corps lors des dépôts progressifs réalisés dans la chambre funéraire. Lors de l’étude, les analyses en laboratoires détermineront le nombre d’individus inhumés dans cette sépulture ainsi que la composition de cette population : estimation des âges, détermination du sexe, ADN, état sanitaire...

Par ailleurs, des éléments de parure sont également retrouvés sur les défunts : perles de colliers, canines d’animaux perforées en pendentifs, des outils en silex... Ces objets, également en très bon état de conservation, permettront d’enrichir les informations sur la population de cette période et leur organisation principalement clanique.
 

Aménagement : SNC LIDL​
Contrôle scientifique : Service régional de l’archéologie Drac Grand-Est
Recherche archéologique : Inrap​
Responsable scientifique : Isabelle Richard, Inrap