À Murviel-lès-Montpellier, l'Inrap a mené une fouille qui a permis de révéler des vestiges s'étalant du Ier siècle avant notre ère au haut Moyen Âge : un fossé défensif lié à l'enceinte protectrice de la « ville basse », un vaste bâtiment témoignant d'une forte activité sur le site au Ier siècle de notre ère et un ensemble funéraire médiéval.

Dernière modification
18 août 2021

La fouille réalisée entre avril et juin 2021 rue Suzanne Ivanez Chupin à Murviel-lès-Montpellier précède la construction d’un logement privé. Elle a été prescrite par le Service Régional de l’archéologie d’Occitanie, à la suite d’un diagnostic réalisé en 2018.

La parcelle de 1 400 m² est située immédiatement à l’extérieur de l’enceinte de la ville antique du Castellas. Cette agglomération est considérée comme le chef-lieu du peuple des Samnagenses, connu par les écrits de Pline l’Ancien. Sa création remonte au tout début du IIᵉ s. avant notre ère et elle est abandonnée dans le courant du IIᵉ s. de notre ère.

Le secteur s’inscrit dans une zone depuis longtemps investiguée conjointement à son urbanisation progressive. C’est tout un quartier périurbain qui s’étend dans un vallon bordant au sud l’agglomération qui est progressivement exploré. Il comprend des secteurs d’habitats mais aussi un petit bâtiment thermal et un important sanctuaire fouillé en 2017 est implanté à sa limite sud, sur l’autre versant du vallon. À ce jour, seule la localisation des espaces funéraires reste encore à préciser.

La fouille en cours a permis de documenter trois phases principales. La première court sur le Ier s. avant notre ère, la seconde à partir du changement d’ère jusqu’à l’abandon définitif des lieux et la dernière correspond à une réoccupation du Haut Moyen Âge.

 

Le système défensif et l’urbanisation d’un quartier périurbain au Ier siècle avant notre ère

Une des problématiques abordées dans le cadre de la fouille consistait en l’étude de l’enceinte dite « de la ville basse » construite autour des années 100 avant notre ère. Le tracé théorique de l’enceinte étant matérialisé par la limite nord de la parcelle fouillée. Or, nul tronçon de courtine n’a été dégagé dans ce périmètre. Son positionnement est donc à repousser de quelques mètres, dans la parcelle voisine.

La surprise a consisté en la mise au jour d’un grand fossé, large de 5 m et profond de 2 m, dont la taille, la localisation et l’orientation s’accordent très bien avec un ouvrage protecteur doublant l’enceinte. Cette découverte vient donc prouver l’existence d’un fossé défensif, longtemps supposé mais jamais observé. Son abandon et son comblement semblent effectifs avant le changement d’ère.

Au sud du fossé, la zone ne semble pas faire l’objet de construction. Seules deux terrasses en terreplein sont installées sur un terrain en pente vers le sud et maintenues par des murets frustes. Elles semblent constituer des parcelles mises en culture. Les traces fugaces d’une chaussée de voie en cailloutis ont été observées. Son orientation est difficilement restituable mais elle constitue en l’état le seul témoignage de voirie dans ce quartier périurbain.

Dans ces espaces extérieurs, aux aménagements peu marqués, trois petits fours ont été observés dont deux au moins semblent liés à des activités domestiques plutôt qu’artisanales.

C’est dans un second temps que le secteur est progressivement urbanisé. Ainsi ont été dégagés l’amorce de deux bâtiments. Le premier, à l’est, est matérialisé par la limite d’un espace ouvert, probablement une cour, à laquelle on accède par une large porte charretière.

Quant au second, une seule pièce en a été dégagée. On y accède par un imposant seuil monolithique. Les murs, à la mise en œuvre très soignée, portent les traces d’un enduit dont la surface peinte n’est pas conservée et une banquette cour sur un des côtés de l’espace. Une seconde pièce est marquée par un sol en béton. Ces caractéristiques étonnent pour un simple habitat vernaculaire. Elles pourraient donner à l’édifice un statut particulier (Une riche demeure ? Un bâtiment public ?).

Murviel 7

Vue du bâtiment partiellement dégagé au sud de la fouille. On observe au premier plan le seuil monolithique en calcaire coquillier et à l’arrière-plan la banquette plaquée contre un mur encore en élévation.

© Inrap

Un vaste bâtiment du Ier siècle de notre ère

Peu avant le changement d’ère, la zone fait l’objet de vastes réaménagements. Dans les deux tiers nord de l’emprise, le substrat rocheux est en partie excavé pour établir un vaste bâtiment, alors qu’au sud, les aménagements antérieurs sont démolis puis remblayés jusqu’à 1,5 m par des apports de terre et cailloux, afin de constituer un vaste terreplein servant de support à des niveaux de circulation extérieurs et qui dépassent largement les limites de l’emprise.

Le grand bâtiment présente trois ailes établies autour d’une grande cour centrale en partie couverte par un préau. Si une partie des pièces communiquent de plein pied avec cette cour au nord, d’autres sont situées jusqu’à 80 cm en contrebas, au sud, selon la topographie initiale du terrain et ouvrent sous un portique qui borde le vaste espace extérieur.

Les pièces des ailes nord et ouest présentent des sols en terres et de rares aménagements peu caractéristiques : fond de dolium en remploi, sol en panse d’amphores… Dans la dernière phase d’occupation de l’une d’elle, une activité ponctuelle de forge est attestée. La caractérisation de ces espaces pâtit de l’étroitesse de la fenêtre de fouille qui n’a permis d’en dégager qu’une partie.

En revanche, les deux pièces sud présentent les traces d’une intense activité. L’une d’elle, à l’est, est occupée par une forge marquée par deux foyers, des scories et des battitures en grande quantité. Parmi les découvertes effectuées, on notera celle d’un trésor monétaire composé de 20 deniers de la République Romaine stockés dans un petit vase en céramique commune. Ce dépôt, découvert dans les niveaux de démolitions, pourrait avoir été caché dans les élévations en terre des murs de la pièce.

La seconde présente un plan plus complexe dans laquelle les cloisons en terre ont disparues. Elles sont notamment restituées par les limites d’un sol en béton qui n’occupe qu’une partie de l’espace. Juste à l’ouest de celui-ci, un fond de bassin en béton est conservé. Il présente la particularité d’intégrer dès sa conception un dolium vers lequel sont dirigés les flux. La nature artisanale de cet aménagement ne fait guère de doute ; les études en cours permettront d’en définir plus précisément les fonctions.

Tant par le plan que par les aménagements mis au jour, l’identification du lieu à un habitat est à ce stade écartée. Il semble que plusieurs entités fonctionnelles aient pris place au sein de ce grand édifice où se côtoyaient de multiples activités liées à du stockage, de l’artisanat et du commerce.

L’hypothèse d’un bâtiment accueillant du public est renforcée par la présence d’un vaste espace de circulation établi au-devant. Cette aire, vide de tout aménagement, est simplement traversée par une canalisation à la mise en œuvre soignée, peut-être liée à de l’adduction.

Un ensemble funéraire médiéval

Plusieurs siècles plus tard, la zone voit la mise en place d’une aire funéraire, composée de 18 inhumations, dont les limites ne sont pas reconnues. Si plusieurs d’entre elles sont orientées vers l’est, d’autres présentent une implantation nord-sud, peut-être due à la conservation de quelques bases de murs antiques contraignant leur mise en place.

Plusieurs types de sépultures ont été rencontrées : les inhumations en pleine terre, les inhumations à couvertures de dalles et celles en coffre de pierres, à l’architecture plus élaborée. L’une d’elles a été fouillée lors du diagnostic et une datation au Carbone14 a été réalisée ; elle est centrée sur le IXe siècle.

L’intérêt de cette découverte est double. Localement, la fouille de cet ensemble funéraire permet de documenter une période encore largement méconnue, comprise entre l’abandon de l’agglomération antique au IIe siècle et l’apparition dans les textes du village de Muro Vetulo (Murviel-lès-Montpellier), d’abord comme villa en 1031-1060 et 1122 puis comme castrum en 1149. Enfin, les ensembles funéraires de cette période semblent rares à l’échelle régionale ; cette fouille permettra de combler un peu ce manque.

Aménagement : Privé
Recherches archéologiques : Inrap
Prescription et contrôle scientifique : Service régional de l’archéologie, Drac Occitanie
Responsable scientifique : Grégory Vacassy, Inrap