À Décines-Charpieu, dans le Velin, petite région située aux portes de Lyon, une fouille a été menée en 2011, sur 7,2 hectares, préalablement à l'aménagement du stade de l'Olympique lyonnais. Elle a livré d'importants vestiges d'occupation, du Néolithique à l'Époque moderne. 

Chronique de site
Dernière modification
19 février 2016
Les vestiges les plus anciens remontent au Néolithique ancien
(- 4700) : il s'agit de fragments de vases à cordon découverts dans de rares fosses. Au Néolithique moyen (- 4000 / - 3800) et au Bronze ancien (- 2200 à - 1600), la fréquentation des lieux est plus marquée, comme l'atteste la présence de fosses et d'empierrements. Elle perdure au Bronze moyen et final (- 1500 à - 1400), comme en témoigne la découverte de quelques vase-silos (vases enterrés destinés au stockage des céréales) et de fosses à déchets.

Durant l'âge du Fer, un site à vocation cultuelle ?

À la fin du second âge du Fer (fin du IIe siècle / première moitié du Ier av. notre ère), les traces de l'occupation humaine se densifient : plusieurs ensembles architecturaux matérialisés par des séries de trous de poteau, parfois accompagnés de fosses-silos, ont été relevés ; un bûcher funéraire (ou cultuel ?) riche en mobilier avoisine un enclos fossoyé dont l'emprise échappe partiellement à l'aire de la fouille. Son plan semble rectangulaire ou carré. À l'est, le fossé mesure 80 m de long et possède à l'ouverture une largeur de 3,50 m pour une hauteur conservée de 1,50 m. Les terres décaissées sont placées sur la bordure intérieure de la structure formant un talus protecteur. Trois fragments de crâne humain, une louche-casserole à long manche, une pelle à feu, une épée, des fragments de boucliers et des fragments d'amphores ont été découverts dans les strates de comblement du fossé. S'agissait-il d'un site à vocation cultuelle ? 
Une occupation continue du Néolithique à l'âge du Bronze

Un fanum érigé à la fin du IVe siècle

Au Haut-Empire (Ier-IIe siècle de notre ère), on ne relève, qu'une activité agraire matérialisée par des fossés parcellaires. Un fanum (temple) est érigé à la fin du IVe siècle. Il est constitué d'une cella (dans un temple romain, cette pièce abrite généralement la statue de la divinité à laquelle le temple est consacré) de 9 m de long pour 7,80 m de large entourée d'une galerie de 3,50 m de large possédant une ouverture à l'est. Ses murs en terre reposent sur des solins de galets. Le fanum est encadré au nord et au sud par deux dépressions vers lesquelles convergent les eaux de pluie en cas d'intempérie, permettant de garder le site hors d'eau.
Deux petites bâtisses, édifiées en périphérie selon le même mode, pourraient être des temples secondaires. De nombreux dépôts votifs ont été découverts, disséminés autour et dans ces constructions : une phalère (petite parure métallique généralement circulaire) en bronze à tête de lion, une applique de Jupiter-Amon, des couteaux, une clarine, des feuilles de plomb repliées, un miroir en bronze, un contrepoids de balance en plomb et bronze, des pesons en terre cuite, des meules de basalte.
Aucun graffito ni représentation ne permet de déterminer quels dieux sont honorés ici. Mais cette découverte est à mettre en relation avec celle de deux petits édicules de 3 m de côté placés au carrefour de voies, à proximité. Ces petits édifices ont livré pour seul mobilier un lot significatif de monnaies de la même période (à fin du IVe siècle de notre ère) laissant penser qu'il s'agit de lieux de culte créés tardivement.

Un contexte cultuel tardif

Même s'ils perdurent jusqu'au IVe siècle, les édifices cultuels sont généralement plus anciens. L'édification ex nihilo de temples au Bas-Empire (IIIe-IVe siècle) est exceptionnelle.
Durant le Haut-Empire (Ier-IIe siècle de notre ère), il n'est pas rare que les temples soient édifiés sur des frontières. Ainsi, à Châteauneuf en Savoie, un temple dédié à Mercure, à Limet (dieu local dont le nom n'est pas sans évoquer la notion de frontière - limes) et au culte impérial est construit à la jonction entre la Narbonnaise, les Alpes Graies et les Alpes Cottiennes. À Présilly, en Haute-Savoie, le sanctuaire semble établi sur la limite entre trois pagi (pays).
Le site de Décines-Charpieu est situé dans la région du Velin, qui, de l'époque gauloise au Moyen Âge, fut en lisière de plusieurs états (ou « cités », selon les époques). Placé en limite du pays allobroge, ce territoire, dépendant dans un premier temps de la cité de Lyon, aurait été rétrocédé à la cité de Vienne autour du IVe siècle. Dans cette hypothèse, ces aires sacrées pourraient matérialiser l'emplacement de la nouvelle frontière.
Au début du Ve siècle, le temple principal est transformé en établissement à vocation artisanale ou agricole. Un four, probablement un séchoir, est installé au coeur de l'édifice, alors qu'au sud, un ensemble de trous de poteau permet de restituer une bâtisse, peut-être une forge, fondée sur des piliers de bois.

Une ferme de l'Époque moderne

L'occupation médiévale se concentre sur la colline qui domine le paysage. De la céramique mérovingienne a été mise au jour dans un fossé qui semble délimiter un enclos ; la plupart des silos, ainsi que cinq bâtiments, sont datés des Xe-XIe siècles, tandis qu'une demi-douzaine de fosses de stockage et cinq autres constructions appartiennent au XIIIe-XIVe siècles. Au XVIe siècle, un bâtiment sur solins et un puits sont bâtis sur la partie orientale du promontoire ; à la même époque, un autre puits est creusé à l'extrémité occidentale probablement en lien avec un habitat placé hors de l'emprise de fouille.
L'activité agricole semble prédominer. Sur 369 fosses recensées, 224 sont des fosses-silos, groupés autour de dix bâtiments excavés. Des outils utilisés lors des travaux des champs ont été exhumés : une houe, une faucille, une serpette, un tranche-caillé nécessaire à la fabrication des fromages...
L'élevage est matérialisé par la mise au jour de squelettes complets d'animaux et par des traces de phosphate dues aux excréments des troupeaux autour d'un des bâtiments (sans doute une étable). 
L'artisanat se caractérise par la découverte de couteaux à dos droit utilisés pour la boucherie, d'un marteau de forge et de scories métalliques.
Si l'activité prioritaire du site est l'agriculture, la fonction funéraire est représentée par trois sépultures isolées, spatialement et chronologiquement. La première est antérieure à l'occupation médiévale, la seconde remonte à la fin de la période mérovingienne tandis que la dernière est attribuable au début de l'Époque moderne.
Aménagement : Société foncière du Montout, OL Groupe
Contrôle scientifique : Service régional de l'Archéologie (Drac Rhône-Alpes)
Responsable scientifique : Emmanuel Ferber, Inrap