L’Inrap mène actuellement une fouille archéologique préventive à Coulanges-lès-Nevers, route de l’Ermitage. Ce chantier d'un grand intérêt scientifique met en lumière la vie des habitants d'un village nivernais, au temps de Charlemagne. 

Dernière modification
28 octobre 2019

L’Inrap fouille actuellement une une surface de 5000 m2 à Coulanges-lès-Nevers dans le cadre d’un projet d’aménagement de lotissement mené par Nièvre Habitat. Ces recherches archéologiques représentent une opportunité unique d'explorer le passé médiéval de la commune, entre les VIe et Xe siècles de notre ère. Les nombreuses traces anciennes de constructions en terre et bois, ainsi que les traces d'activités agropastorales et artisanales, comme les graines anciennes, les ossements d'animaux, les scories de forge ou les outils liés au tissage et au travail du bois, documentent divers aspects de la vie quotidienne d'un village du haut Moyen Âge.

Un village au temps de Charlemagne

Les archéologues ont mis au jour une voie, à l’origine de la route qui relie actuellement Nevers à Auxerre, dont l’importance a contribué à l'implantation et au développement de l’ancien village de Coulanges-lès-Nevers. De nombreux objets découverts sont liés aux domaines du transport ou des échanges, tels que des fers à équidés ou encore une remarquable monnaie en argent de la période carolingienne (751-987). Ce type monétaire, très rare, illustre l’insertion de ce site dans les réseaux d’échanges de son temps. La concentration des vestiges montre une densification de l’habitat au cours du haut Moyen Âge. Le village se dote d’une église en pierre contemporaine des vestiges découverts, comme l’indique une mosaïque découverte au XIXe siècle, lors de travaux de réfection du chœur. L’existence d’un cimetière autour de ce lieu de culte semble alors très probable. À cette période apparaissent également les premiers textes mentionnant ce village. Ils sont compilés dans le cartulaire des chanoines de la cathédrale de Saint-Cyr de Nevers (recueil de titres d’un monastère ou d’une église).

Les modes de construction

La fouille met avant tout en évidence de nombreux vestiges d’anciens édifices. Caractéristiques de l’architecture du haut Moyen Âge, des fosses d’ancrage de poteaux, dont la densité est ici notable, indiquent la présence disparue de constructions en terre et bois. La terre a été utilisée pour la confection du torchis ou de sols, construits en sable ou en graviers. La pierre est également employée afin de caler les poteaux qui portaient ces édifices construits en matériaux périssables ou pour servir de fondations et de supports de cloisons. La découverte de sols, de foyers et de solins de pierre est exceptionnelle en milieu rural. En effet, ces types de structures sont souvent détruits par les labours mécaniques contemporains. À Coulanges-lès-Nevers, l’épaisseur des niveaux de colluvions ou de dépôt de pente (environ 1,5 m) a contribué à fossiliser les vestiges et à les préserver. Les « constellations » de trous de poteaux illustrent l’évolution et la succession des constructions au fil du temps. Les archéologues les analysent un à un en tentant également d’en déterminer la connexion. Ils peuvent ainsi comprendre et restituer l’organisation et la chronologie de ces différents bâtiments.

Les activités : agriculture et artisanat

La fonction de ces bâtiments en bois transparaît dans leur plan, leur organisation et leurs aménagements internes. La présence ponctuelle de foyers à l’intérieur de certains édifices indiquent une fonction d'habitat, alors que d’autres constructions aux plans quadrangulaires stéréotypés, dotés de poteaux profondément ancrés, pourraient correspondre à d’anciens greniers aériens servant au stockage des récoltes. Les graines anciennes et restes d’ossements animaux prélevés permettront de connaître les espèces végétales et animales cultivées et consommées au haut Moyen Âge. À cette époque, travail agropastoral et artisanats dérivés (travail de l’os ou de la laine par exemple) constituent les principales activités exercées par la population. La découverte d’un fragment de lissoir en verre illustre ainsi le traitement post-tissage des textiles. D’autres traces témoignent du travail du bois, mais surtout des activités de forge, comme le montrent les scories de fer (déchets de forge) mises au jour. Leur présence induit l’usage d’outillage en fer. En effet, la présence de la voie nécessitait réparation et entretien des moyens de transports et ferrage des équidés.

Contrôle scientifique : Service régional de l’archéologie (Drac Bourgogne-Franche-Comté)
Recherche archéologique : Inrap​
Responsable scientifique : Antoine Guicheteau, Inrap