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Une épave romaine dans le port antique d’Antibes

Publié le 26 juillet 2012 · Mis à jour le 30 juin 2013
code opération : FB21074201
Une équipe d’archéologues de l’Inrap fouille actuellement une partie du port antique d’Antibes. Ces recherches, menées à l’occasion de la construction d’un parking souterrain porté par la société QPark, viennent de mettre au jour une épave romaine.  L’équipe d’archéologues intervient durant sept mois sur ce site du « Pré aux Pêcheurs ».

L’antique Antipolis…

Antibes est l’antique Antipolis, comptoir grec fondé par les Phocéens de Massalia.  La date de sa fondation est encore incertaine, mais elle succède à un habitat indigène implanté sur les hauteurs de la ville actuelle. Le long du rivage provençal, Antipolis occupe une position privilégiée sur les routes maritimes reliant Marseille à la côte italienne.  Elle est dotée, avec l’anse Saint-Roch, d’un port naturel, protégé des vents dominants. La prospérité de la cité grecque puis romaine repose sur le dynamisme de son commerce maritime, et sur la transformation des produits de la mer, les salaisons de poissons et la fabrication de garum (sauce à base de poisson) notamment.

… et son port

Les archéologues explorent actuellement, sur 5 000 m², le fond du bassin portuaire antique qui s’est progressivement ensablé. Véritable dépotoir, il livre quantité d’objets – déchets rejetés depuis les bateaux au mouillage ou pièces de cargaison perdues lors des transbordements – et témoigne de la vie quotidienne des marins et du commerce maritime. Les couches de mobilier archéologique se succèdent depuis le IIIe siècle avant notre ère jusqu’au VIe  siècle de notre ère. Coulés dans les eaux de l’anse Saint-Roch, plusieurs dizaines de milliers d’objets de toutes sortes ont d’ores-et-déjà été exhumés, notamment des marchandises en provenance du pourtour du bassin méditerranéen. À eux seuls, ils illustrent le dynamisme du port antique et du commerce dans cette partie de la Méditerranée. 
Les sédiments fouillés se trouvaient sous le niveau marin et n’ont été asséchés qu’à l’occasion des travaux de construction du parking. Ces conditions particulières ont favorisé la conservation des matériaux organiques et permettent de mettre au jour des objets absents dans les fouilles terrestres : bouchons de liège d’amphores, semelles de chaussure en cuir, éléments en bois, conservés en milieu anaérobie. 

L’épave

Dans la dernière zone explorée par les archéologues de l’Inrap, l’épave d’un navire romain a été découverte. Conservé sur plus de 15 m de long, le bateau est couché sur le flanc dans un endroit peu profond (à moins de 1,60 m sous le niveau marin antique). Dans le cadre d’une coopération avec le Centre Camille Jullian, l’Inrap a associé à l’analyse et l’interprétation de cette découverte, une archéologue du CNRS, spécialiste de l’archéologie navale. 
Les vestiges se composent d’une quille et de plusieurs virures de bordé (planches constituant le revêtement de la coque), assemblées entre elles par des milliers de languettes chevillées dans des mortaises creusées dans l’épaisseur des planches. Transversalement, une quarantaine de membrures sont présentes, dont certaines sont assemblées à la quille par des broches métalliques. 
Des éléments du plancher de cale ont également été identifiés. La carlingue, qui servait à loger le pied du mât n’a pas été conservée. Cette épave est un voilier de commerce de taille moyenne (longueur de 20/22 m ; largeur de 6/7 m ; hauteur de cale 3 m environ). Le bois utilisé dans la construction est principalement du conifère. Sur les nœuds de bois, la coque est renforcée par des plaquettes de plomb maintenues par de petits clous. Ces plaquettes servent à pallier les défaillances d’un bois de qualité moyenne, utilisé par le chantier de construction car disponible et facile d’approvisionnement. Les traces d’outillage sont également bien visibles (scie, herminette) ainsi que la poix qui servait à la protection de la coque. Les caractéristiques architecturales confortent la datation proposée par la stratigraphie et les céramiques récoltées dans les niveaux formés après l’abandon du bateau - les IIe-IIIe siècles de notre ère - et permettent de classer le navire dans les bateaux romains impériaux de Méditerranée occidentale.

Les raisons de son naufrage sont pour l’heure inconnues : a-t-il été jeté à la côte lors d’une tempête ? Abandonné au pourrissement dans ce recoin du port ? Coulé volontairement pour servir de base à un appontement ? Ces deux dernières hypothèses pourraient expliquer l’absence de chargement. La suite des investigations apportera la réponse. 

L’Inrap

Avec plus de 2 000 collaborateurs et chercheurs, l’Inrap est la plus importante structure de recherche archéologique française et l’une des toutes premières en Europe. Institut national de recherche, il réalise la majorité des diagnostics archéologiques et des fouilles en partenariat avec les aménageurs privés et publics : soit près de 2 000 chantiers par an, en France métropolitaine et dans les Dom. Ses missions s’étendent à l’exploitation scientifique des résultats et à la diffusion de la connaissance archéologique au public.

Aménagement

QPark Serimo

Contrôle scientifique

Service régional de l’archéologie (Drac Provence-Alpes-Côte d’Azur)

Recherche archéologique

Inrap

Responsable scientifique

Isabelle Daveau, Inrap

Archéologie navale

Giulia Boetto, Centre Camille Jullian, CNRS

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  • Navire romain en cours de démontage à Antibes (Alpes-Maritimes), 2012.En vue de sa restauration, le bateau a été démonté pièce par pièce avec ARC-Nucléart.
    Navire romain en cours de démontage à Antibes (Alpes-Maritimes), 2012.
    En vue de sa restauration, le bateau a été démonté pièce par pièce avec ARC-Nucléart.
    © Rémi Bénali, Inrap
  • L'emprise du parking souterrain du Pré aux Pêcheurs couvre 5000 m2 en bordure du port de plaisance actuel d'Antibes (Alpes-Maritimes). La fouille a démarré en mars 2012 à l'extrémité orientale du parking.
    L'emprise du parking souterrain du Pré aux Pêcheurs couvre 5000 m2 en bordure du port de plaisance actuel d'Antibes (Alpes-Maritimes). 
    La fouille a démarré en mars 2012 à l'extrémité orientale du parking.
    © Rémi Bénali, Inrap
  • Dégagement d'un niveau de dépotoir au fond du port antique, Antibes (Alpes-Maritimes), 2012.Le fond du bassin portuaire antique, qui s'est progressivement ensablé, a révélé des dizaines de milliers d'objets qui se répartissent dans des couches stratigraphiques datées entre le IIIe s. avant notre ère et le VIe s. de notre ère.
    Dégagement d'un niveau de dépotoir au fond du port antique, Antibes (Alpes-Maritimes), 2012.
    Le fond du bassin portuaire antique, qui s'est progressivement ensablé, a révélé des dizaines de milliers d'objets qui se répartissent dans des couches stratigraphiques datées entre le IIIe s. avant notre ère et le VIe s. de notre ère.
    © Rémi Bénali, Inrap
  • Fouille d'un niveau de dépotoir au fond du port antique d'Antibes (Alpes-Maritimes), 2012.Des milliers d'objets, déchets rejetés depuis les bateaux au mouillage ou pièces de cargaison perdues lors de transbordements, ont pu être exhumés.
    Fouille d'un niveau de dépotoir au fond du port antique d'Antibes (Alpes-Maritimes), 2012.
    Des milliers d'objets, déchets rejetés depuis les bateaux au mouillage ou pièces de cargaison perdues lors de transbordements, ont pu être exhumés.
    © Rémi Bénali, Inrap
  • Vue d'un niveau de dépotoir du IVe s. de notre ère, port antique d'Antibes (Alpes-Maritimes), 2012.Ces objets coulés dans les eaux de l'anse Saint-Roch illustrent le dynamisme du commerce maritime en Méditerranée occidentale.
    Vue d'un niveau de dépotoir du IVe s. de notre ère, port antique d'Antibes (Alpes-Maritimes), 2012.
    Ces objets coulés dans les eaux de l'anse Saint-Roch illustrent le dynamisme du commerce maritime en Méditerranée occidentale.
    © Rémi Bénali, Inrap
  • Niveau de dépotoir avec au premier plan une amphore, port antique d'Antibes (Alpes-Maritimes), 2012.Des milliers d'objets en provenance du pourtour méditerranéen ont d'ores-et-déjà été mis au jour. La prospérité de la cité grecque puis romaine d'Antibes repose en partie sur la transformation des produits de la mer et leur commercialisation.
    Niveau de dépotoir avec au premier plan une amphore, port antique d'Antibes (Alpes-Maritimes), 2012.
    Des milliers d'objets en provenance du pourtour méditerranéen ont d'ores-et-déjà été mis au jour. La prospérité de la cité grecque puis romaine d'Antibes repose en partie sur la transformation des produits de la mer et leur commercialisation.
    © Rémi Bénali, Inrap
  • Vue de détail d'une amphore émergeant d'un niveau de dépotoir, port antique d'Antibes (Alpes-Maritimes), 2012.
    Vue de détail d'une amphore émergeant d'un niveau de dépotoir, port antique d'Antibes (Alpes-Maritimes), 2012.
    © Rémi Bénali, Inrap
  • Station de lavage du matériel exhumé lors de la fouille du port antique d'Antibes (Alpes-Maritimes), 2012.
    Station de lavage du matériel exhumé lors de la fouille du port antique d'Antibes (Alpes-Maritimes), 2012.
    © Rémi Bénali, Inrap
  • Lampe à huile en cours de nettoyage, port antique d'Antibes (Alpes-Maritimes), 2012.
    Lampe à huile en cours de nettoyage, port antique d'Antibes (Alpes-Maritimes), 2012.
    © Rémi Bénali, Inrap
  • Deux amphorisques (à gauche) et des fragments de céramique sigillée retrouvés dans des niveaux de dépotoir du port antique d'Antibes (Alpes-Maritimes), 2012.Des quantités hors normes de mobilier archéologique ont été exhumées.
    Deux amphorisques (à gauche) et des fragments de céramique sigillée retrouvés dans des niveaux de dépotoir du port antique d'Antibes (Alpes-Maritimes), 2012.
    Des quantités hors normes de mobilier archéologique ont été exhumées.
    © Rémi Bénali, Inrap
  • Lavage de céramique, port antique d'Antibes (Alpes-Maritimes), 2012.
    Lavage de céramique, port antique d'Antibes (Alpes-Maritimes), 2012.
    © Rémi Bénali, Inrap
  • Trois amphorisques (récipients de petites dimensions en forme d'amphore contenant des parfums ou des onguents), port antique d'Antibes (Alpes-Maritimes), 2012.
    Trois amphorisques (récipients de petites dimensions en forme d'amphore contenant des parfums ou des onguents), port antique d'Antibes (Alpes-Maritimes), 2012.
    © Rémi Bénali, Inrap
  • Premier sondage d'exploration sur l'épave romaine, port antique d'Antibes (Alpes-Maritimes), 2012.
    Premier sondage d'exploration sur l'épave romaine, port antique d'Antibes (Alpes-Maritimes), 2012.
    © Rémi Bénali, Inrap
  • Débat autour du premier sondage d'exploration de l'épave romaine, port antique d'Antibes (Alpes-Maritimes), 2012.On peut apercevoir au premier plan des broches métalliques reliant les membrures à la quille.
    Débat autour du premier sondage d'exploration de l'épave romaine, port antique d'Antibes (Alpes-Maritimes), 2012.
    On peut apercevoir au premier plan des broches métalliques reliant les membrures à la quille.
    © Rémi Bénali, Inrap
  • Relevé au scanner 3D de l'épave romaine par la société Sintégra, port antique d'Antibes (Alpes-Maritimes), 2012.Conservé sur plus de 15 m de long, le bateau a été retrouvé couché sur le flanc à un endroit peu profond, situé à moins de 1,60 m sous le niveau marin antique.
    Relevé au scanner 3D de l'épave romaine par la société Sintégra, port antique d'Antibes (Alpes-Maritimes), 2012.
    Conservé sur plus de 15 m de long, le bateau a été retrouvé couché sur le flanc à un endroit peu profond, situé à moins de 1,60 m sous le niveau marin antique.
    © Rémi Bénali, Inrap
  • L'épave romaine totalement dégagée, port antique d'Antibes (Alpes-Maritimes), 2012.Il s'agit d'un voilier de commerce de taille moyenne (longueur de 20 à 22 m, largeur de 6 à 7 m, hauteur de cale de 3 m) d'époque impériale. Aucune trace d'un chargement n'a été détectée : le bateau a pu être abandonné ou a été coulé volontairement pour servir de base à un appontement.
    L'épave romaine totalement dégagée, port antique d'Antibes (Alpes-Maritimes), 2012.
    Il s'agit d'un voilier de commerce de taille moyenne (longueur de 20 à 22 m, largeur de 6 à 7 m, hauteur de cale de 3 m) d'époque impériale. Aucune trace d'un chargement n'a été détectée : le bateau a pu être abandonné ou a été coulé volontairement pour servir de base à un appontement.
    © Rémi Bénali, Inrap
  • Nettoyage de l'épave romaine mise au jour dans le port antique d'Antibes (Alpes-Maritimes) en 2012.Le bois utilisé dans la construction du navire est de qualité moyenne : la coque est par endroits renforcée par des plaquettes de plomb maintenues par de petits clous.
    Nettoyage de l'épave romaine mise au jour dans le port antique d'Antibes (Alpes-Maritimes) en 2012.
    Le bois utilisé dans la construction du navire est de qualité moyenne : la coque est par endroits renforcée par des plaquettes de plomb maintenues par de petits clous.
    © Rémi Bénali, Inrap
  • Eclairage nocturne pour la photogrammétrie, épave romaine mise au jour dans le port antique d'Antibes (Alpes-Maritimes), 2012.
    Eclairage nocturne pour la photogrammétrie, épave romaine mise au jour dans le port antique d'Antibes (Alpes-Maritimes), 2012.
    © Rémi Bénali, Inrap
  • Arrosage nocturne du bateau, port antique d'Antibes (Alpes-Maritimes), 2012.Les bois archéologiques, gorgés d'eau, doivent être arrosés régulièrement pour être préservés. Ensuite, ils seront traités en laboratoire où l'eau sera progressivement remplacée par une résine de consolidation.
    Arrosage nocturne du bateau, port antique d'Antibes (Alpes-Maritimes), 2012.
    Les bois archéologiques, gorgés d'eau, doivent être arrosés régulièrement pour être préservés. Ensuite, ils seront traités en laboratoire où l'eau sera progressivement remplacée par une résine de consolidation.
    © Rémi Bénali, Inrap

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