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Mis à jour le
10 janvier 2020
Colloque
Bioarchéologie : minimums méthodologiques et référentiels communs, nouvelles approches

Ce quatrième séminaire scientifique et technique s’est tenu à Sélestat en Alsace, à l'auditorium de la Bibliothèque Humaniste​, les 28 et 28 novembre 2019. Il a été organisé par Carine Carpentier (Inrap), Rose-Marie Arbogast (CNRS), et Philippe Kuchler (Archéologie Alsace).

Fabienne Médard (Association Anatex), Clotilde Proust (ArcheoCR), Hélène Barrand (Antea-Archéologie) et Armelle Charrié (CNRS)

Les traces de matériaux organiques découverts en contexte archéologique sont généralement difficiles à déceler, mais elles sont riches d’informations essentielles et inédites.

Les sépultures constituent un milieu particulièrement favorable à leur conservation. L’abondant mobilier métallique qu’elles contiennent généralement (armement, parure, éléments vestimentaires, objets du quotidien, mobilier, outillage) favorise par le biais du processus de corrosion la migration des sels métalliques au cœur du matériau organique : on le dit alors « minéralisé ». Si les macro-restes les mieux conservés peuvent être visibles à l'œil nu, la grande majorité est rarement intelligible. Ils se confondent avec la corrosion du métal, en ont souvent la couleur et la texture, et sont recouverts de sédiments. La plupart du temps, ils n'apparaissent qu’à l’examen sous une loupe binoculaire et grâce au regard exercé de l’opérateur.

Émerge alors un univers d’une rare diversité. Le bois, le textile et le cuir constituent les matériaux les plus couramment observés, mais d'autres éléments tels que la peau, la fourrure, les insectes ou la plume sont également identifiables pour peu qu’un œil avisé sache les reconnaître.

Plus tôt les objets sont examinés après la fouille, plus les informations recueillies sont riches et variées. Idéalement, il est préférable d’effectuer les observations avant ou en parallèle du nettoyage des objets, avant tout traitement de consolidation/stabilisation. Les variations climatiques, qui entraînent des reprises de corrosion, ainsi que la multiplication des manipulations, endommagent considérablement ces fragiles vestiges, quand ils ne les font pas totalement disparaître.

Les restes organiques minéralisés constituent un champ d’investigation directement lié à l’étude de l’objet archéologique en métal, dont ils dépendent du point de vue de leur conservation mais aussi de leur caractérisation. Il est indispensable de les préserver aussi intacts que possible, afin de permettre les investigations nécessaires à leur compréhension. C'est précisément à ce stade qu’une conservation-restauration raisonnée joue un rôle de première importance.

La phase de l’étude qui suit l'expertise consiste à analyser tout ou partie des matériaux constitutifs. L’utilisation des technologies de pointe, désormais accessibles à l’archéologie, amène à des niveaux d’informations jusqu’alors inenvisageables (tomographie, spectrométrie de masse, chromatographies, microscopie optique, microscopie électronique à balayage) (Charrié-Duhaut, 2018).

Afin d’illustrer cette nouvelle approche, nous présenterons le résultat des analyses effectuées sur le mobilier de sépultures alto-médiévales : le site de Merxheim « Obere Reben » récemment fouillé constitue un exemple éloquent. Dans cette étude interdisciplinaire, fruit d’une collaboration étroite entre les archéologues, les conservateurs-restaurateurs et les spécialistes des matériaux organiques, différentes données sont associées : archéologiques et historiques, micro-stratigraphiques et macroscopiques, moléculaires (Médard et al., 2018).

Par cette communication, nous souhaitons aujourd’hui vous présenter les actions et réflexions méthodologiques qu'un groupe de travail composé d’une équipe pluridisciplinaire de chercheurs (archéologie préventive, Université, CNRS, expertise et conservation) développe actuellement, en collaboration avec le SRA. L'objectif est de répondre aux multiples questionnements que suscitent la fouille, la prise en charge, le traitement et la conservation des mobiliers métalliques et des restes organiques issus des opérations d’archéologie préventive et programmée. Il s'agit de repenser une chaîne opératoire dont la programmation des étapes est la ligne de force du processus de conservation et de recherche. L’ensemble des personnes intervenant de la découverte des objets sur le terrain à leur dépôt dans un centre de conservation et d’étude, opérateurs de terrain, conservateurs-restaurateurs, chercheurs, services de l’état, sont soumises à des charges incontestablement liées qu’il est nécessaire aujourd’hui d’optimiser.

Mots clés : restes organiques minéralisés, chaine opératoire, analyses micro-stratigraphiques, macroscopiques et moléculaires, costume funéraire

Références bibliographiques

  • Charrié-Duhaut (A.). - La spectrométrie de masse : un outil innovant pour l’étude des matériaux périssables. In : Métal & matériaux périssables : 7e journées d’étude Corpus - Étude du mobilier métallique et de l’instrumentum, 21-22 mars 2018, Strasbourg.
  • Médard (F.), Barrand-Emam (H.), Charrié-Duhaut (A.), Ridacker (C.), Fischbach (T.). - Les matériaux organiques dans les sépultures du haut moyen âge : état de la recherche et cas d’études provenant de la nécropole de Merxheim « Obere Reben » (Haut-Rhin). Revue Archéologique de l’Est, t. 67, 2018, p. 335-349.
Année :
2019
Durée :
00:16:32
Année :
2019
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fabienne.medard [at] anatex.fr
clotildeproust [at] yahoo.fr
helene.barrand [at] antea-archeologie.com
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