Á Belgodère, les archéologues de l'Inrap ont mis au jour un habitat de la fin du Néolithique, mais aussi plusieurs bâtiments de l’Antiquité, une première en Balagne.

Dernière modification
15 juillet 2020

Préalablement à la construction d’un habitat résidentiel, une équipe d’archéologues de l’Inrap fouille actuellement deux importants ensembles à Belgodère, sur prescription de l’État (Drac de Corse) et grâce au soutien du fonds national pour l’archéologie préventive (Fnap). Ces recherches révèlent aujourd’hui un habitat de la fin du Néolithique ainsi que plusieurs bâtiments de l’Antiquité (Ier siècle avant notre ère-IIIe siècle de notre ère).

Vestiges d’une occupation néolithique

Bien que sommaires et lacunaires, les différents éléments mis au jour par les archéologues de l’Inrap indiquent la présence d’une occupation datant de la période du Néolithique final (2800 avant notre ère - 2300 avant notre ère) à Belgodère. Plusieurs pointes de flèche en rhyolite (roche volcanique provenant du nord de l’île) et parfois en obsidienne (roche volcanique importée sur l’île), des tessons de poteries, du lithique pondéreux (molettes et meules à moudre, percuteurs, broyons), des éléments liés au tissage (fusaïoles en céramique), de la faune et quelques gouttes de cuivre ont été découverts sur le site. Ces éléments de la culture matérielle témoignent d’activités économiques variées pratiquées au sein de l’habitat néolithique. Les recherches en cours devraient petit à petit peu à peu révéler les éléments de sa structuration.

Pointe de flèche en rhyolite (roche volcanique provenant du nord de l’île) témoignant de l’occupation néolithique du site.

Pointe de flèche en rhyolite (roche volcanique provenant du nord de l’île) témoignant de l’occupation néolithique du site.

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Pascal Druelle, Inrap

L’Antiquité enfin mise au jour

La période médiévale est bien connue dans la région, ce qui n’est pas le cas des périodes antérieures. Plusieurs prospections archéologiques, dont des diagnostics réalisés par l’Inrap depuis 2008, avaient toutefois signalé la présence d’occupations antiques dans la commune de Belgodère. Aujourd’hui, les vestiges de cette période semblent se concentrer sur le plateau d’Erbaghjolu, lieu stratégique qui surplombe la baie de Lozari et ses importants circuits commerciaux maritimes.


Un ensemble de bâtiments antiques

Les archéologues viennent de mettre au jour cinq bâtiments dont la chronologie s’étend du milieu du Ier siècle avant notre ère au IIIe siècle de notre ère. L’élément le plus important est un vaste bâtiment quadrangulaire, d’une superficie de 150m2. Celui-ci est composé de deux grandes pièces principales et de cinq cellules dont les fonctions restent à définir. D‘autres bâtiments semblent, par la suite, avoir été agrégés à l’édifice, pour constituer une sorte d’extension.

Fouille des niveaux de sol dans l’une des pièces du grand bâtiment central datant du Ier siècle de notre ère.

Fouille des niveaux de sol dans l’une des pièces du grand bâtiment central datant du Ier siècle de notre ère.

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Pascal Druelle, Inrap

Bien que très arasés, les vestiges conservés permettent de catégoriser différents types de constructions. Deux des cinq bâtiments présentent une structure de blocs équarris, réalisés avec soin. Parallèlement, d’autres élévations semblent associer différents matériaux : la terre, la pierre et le bois. Enfin, les trois derniers bâtiments composés de blocs de poudingues de granit, s’avèrent de facture plus grossière.

La fouille du bâtiment principal met bien en évidence l’effondrement de sa toiture et l’éboulement de ses murs. Le toit était composé de tuiles, les tegulae et imbrices caractéristiques de l’époque romaine. Parmi ces vestiges, son présents de nombreux clous en fer et en bronze, rentrant, très probablement, dans l’assemblage de la charpente.

D’autres aménagements sont actuellement en cours de fouille, et les archéologues espèrent pouvoir identifier les activités de cet établissement, jusqu’alors interprété comme un domaine viticole.

Contrôle scientifique : Service régional de l’archéologie (Drac Corse)
Recherche archéologique : Inrap
Responsable scientifique : Jean-Jacques Grizeaud, Inrap