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50 000 ans plus tôt qu’en Europe, Homo sapiens maîtrisait la retouche par pression à Blombos, à l’extrême sud de l’Afrique

Publié le 2 novembre 2010 · Mis à jour le 20 janvier 2011
Vincent Mourre, préhistorien à l’Inrap publie avec Paola Villa et Christopher S. Henshilwood, une découverte capitale sur le site de Blombos (Afrique du Sud) dans la revue Science. Cet article résulte de recherches menées par Vincent Mourre dans le cadre d’une convention de collaboration internationale de l’Inrap avec l’Institute for Human Evolution (University of the Witwatersrand, Johannesburg) et le Blombos Cave Project, au sein d’une équipe pluridisciplinaire comptant des chercheurs sud-africains, américains et français.

Blombos et la pensée symbolique

Dominant les rivages de l’océan Indien, l’abri-sous-roche de Blombos, dans la province du Cap, est fouillé par le professeur Christopher S. Henshilwood depuis 1991. Il est surtout célèbre pour des découvertes remarquables qui nourrissent le débat sur l’émergence de la pensée symbolique de l’Homme. Datés de 75 000 ans, des blocs d’ocre gravés y portent les plus anciennes représentations géométriques de l’humanité tandis que des éléments de parure en coquillages marins perforés sont parmi les plus anciennes au monde.

Blombos et la pensée matérielle

Dans leur article, Vincent Mourre, Paola Villa et Christopher S. Henshilwood, étudient les pointes de projectile mises au jour dans des niveaux de Blombos datant d’il y a 75 000 ans.
Ces armes de chasse, réalisées dans des silcrètes (matériau siliceux proche des quartzites), sont des pointes bifaciales finement façonnées et destinées à être emmanchées. Elles sont caractéristiques de l’un des faciès du Middle Stone Age d’Afrique australe, le Still Bay.
Tant l’expérimentation que l’analyse technologique démontrent aujourd’hui que la finition de ces armes était réalisée par la technique de la « retouche par pression ». Jusqu’à présent, les plus anciens témoignages de cette technique appartenaient à l’Europe d’il y a 20 000 ans. La culture solutréenne l’a utilisée dans la réalisation de ses « pointes à cran » ou de ses « feuilles de lauriers ». En Amérique du Nord cette technique émerge il y a 11 000 ans.
La retouche par pression est une technique utilisée par les tailleurs préhistoriques en exerçant une pression avec la pointe étroite d’un compresseur en os ou en pierre tendre sur le bord de la pièce travaillée.
À Blombos, comme ailleurs dans le monde, la retouche par pression a nécessité de modifier les matériaux à débiter en les soumettant à une chauffe contrôlée afin d’optimiser leurs propriétés clastiques.
Blombos révèle aujourd’hui que cette technique apparaît en Afrique beaucoup plus tôt qu’en Europe et confirme la haute capacité à innover de ces populations.

Référence

Mourre, V., Villa, P., Henshilwood C. S., 2010. "Early Use of Pressure Flaking on Lithic Artifacts at Blombos Cave, South Africa”. Science 83. http://www.sciencemag.org/

Partenaires

Vincent Mourre est paléolithicien à l’Inrap et est rattaché à l’UMR 5608 - TRACES de l’Université Toulouse II.
Paola Villa est rattachée à l’University of Colorado Museum de Boulder, États-Unis, à l’UMR 5199 - PACEA de l’Université Bordeaux 1 et à l’Université du Witwatersrand à Johannesburg, Afrique du Sud.
Christopher S. Henshilwood est professeur à l’Université de Bergen, Norvège et à l’Université du Witwatersrand.

Cette étude a bénéficié d’une bourse de la Wenner Gren Foundation attribuée à P. Villa. C.S. Henshilwood a reçu un soutien financier du Conseil européen de la recherche, de l’Université du Witwatersrand, du Conseil Norvégien de la Recherche et du programme d’échanges franco-sud africain PROTEA.

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