À Allonnes, les archéologues de l'Inrap ont découvert une importante agglomération gauloise du IIe-Ier siècle avant notre ère, et son sanctuaire, une découverte exceptionnelle à l'échelle de l'Europe celtique.

Dernière modification
15 janvier 2020

Suite à une prescription de la Drac ​Pays de la Loire, une importante fouille d’archéologie préventive vient de s’achever à Allonnes (Maine-et-Loire), rue Charles Baudelaire, au lieu-dit Le Tertre. Les archéologues de l’Inrap ont mis au jour de nombreux vestiges d’une agglomération gauloise fondée au IIe siècle avant notre ère et de son complexe cultuel, une découverte remarquable, non seulement à l’échelle de la région mais aussi à l’échelle de l’Europe celtique. L’opération qui a exigé onze mois d’étude et un arrêté de découverte exceptionnelle de la Drac Pays de la Loire a livré un nombre considérable d’informations sur le passé de la commune.

Une vaste agglomération Gauloise, à vocation artisanale et commerciale 

Apparaissant directement sous le niveau des labours, les vestiges indiquent une agglomération artisanale et commerciale des IIe et Ier siècles avant notre ère, dont la superficie générale devait être comprise entre 10 et 20 ha. Ces vestiges correspondent pour l’essentiel à des excavations en lien avec les aménagements de l’agglomération (fosses, trous de poteau servant à fonder dans le sol les bâtiments de terre et bois, puits …). Au moment de leur abandon, ces excavations étaient souvent utilisées pour évacuer les déchets des activités pratiquées en surface avant d'être remblayées. Les mobiliers découverts dans leur comblement (poteries, meules, os, outillage …), nous renseignent sur le niveau et le mode de vie des populations résidentes et sur les activités artisanales pratiquées.

Un site de référence à l’échelle de l’Europe celtique

Ces agglomérations de type laténien émergent en Europe celtique, soit une vaste zone au nord des Alpes située entre l’Océan Atlantique et les rives occidentales de la Mer Noire, dans le courant du IIIe et du début du IIe siècle avant notre ère. Elles constituent des pôles d’industrialisation installés le long des principales voies de communication. A la fois lieux d’échange et de production, elles accueillent de nombreux artisans et commerçants et servent de comptoir de redistribution pour les marchandises importées sur de longues distances. C’est notamment le cas des importations d’amphores vinaires provenant du monde romain et dont les gaulois sont des consommateurs réguliers.
Relativement à ces échanges, l'agglomération gauloise d'Allonnes occupe une situation stratégique. Elle est située dans la partie orientale du territoire des Andécaves (peuple gaulois occupant globalement le secteur du Maine-et-Loire), aux confins des territoires voisins turon (Indre-et-Loire) et picton (Vienne). Tout comme aujourd’hui, Allonnes est localisée pour l’époque gallo-romaine et gauloise au carrefour de deux itinéraires importants : l’axe ligérien est-ouest entre Angers (chef-lieu de cité des Andécaves pour les époques gauloise et antique) et Tours (chef-lieu de cité des Turons pour l’époque antique et déjà probable agglomération au statut mal défini pour la période gauloise), et, sur un axe opposé, l’itinéraire reliant Le Mans et Poitiers (respectivement les chefs-lieux de cités des territoires des Aulerques Cenomans et des Pictons pour les périodes gauloises et gallo-romaines).

On dénombre aujourd’hui un peu moins d’une centaine de sites de ce type à l’échelle de l’Europe celtique et quelques dizaines au niveau national. Toutefois, le nombre d’agglomérations étudiées sur une surface importante reste limité. Dans le cas du gisement d’Allonnes, la surface d’étude liée au projet d’aménagement du lotissement permet en premier lieu d’obtenir un plan assez important et détaillé d’une partie du site, et qui en fait l’un des exemples les mieux documentés. L’agencement des aménagements et notamment des nombreux bâtiments construits sur poteaux (maisons d’habitation, bâtiments annexes, boutiques ou ateliers) révèle une organisation rationnelle de l’espace interne de l’agglomération avec vraisemblablement des quartiers à fonctions ou activités spécifiques, des places, un réseau de voies de circulations principal et des cheminements secondaires.

 

Un sanctuaire gaulois et un espace d’offrandes public

L’originalité du site réside pour beaucoup dans la présence d’un sanctuaire et d’un complexe cultuel importants, attenants à l’agglomération laténienne. La date de fondation du sanctuaire gaulois reste pour le moment inconnue mais il apparaît, au plus tard, dès l’origine de la mise en place de l’agglomération, soit au début du IIe siècle avant notre ère. L’édifice religieux, dont il ne reste que les fondations, se présente initialement sous la forme d’un vaste enclos de forme légèrement trapézoïdale, de 22 et 24 m de côtés. Il connaît plusieurs phases de réaménagement. Précédé d’un parvis, le sanctuaire présentait une entrée sur son côté est et renfermait sans doute deux bâtiments. Au centre de l’enclos, plusieurs fosses faisaient l’objet de dépôts de monnaies isolées et de petits mobiliers en alliage cuivreux. A proximité de celui-ci, et au contact direct de l’agglomération, s'est développé en parallèle un vaste espace de dépôts votifs. Ce dernier est installé dans une dépression naturelle à l’extrémité d’un ancien vallon qui agit naturellement comme collecteur des eaux pluviales et de ruissellement circulant dans la terrasse où s’installe l’occupation. Le lien entre le complexe cultuel et la notion de source est évident.

Dans un premier temps, la zone fait l’objet de nombreuses excavations, larges et profondes, pour en extraire l’argile sableuse nécessaire à la construction des murs des bâtiments ou à la fabrication des céramiques. Des dépôts d’armement ou autres objets en fer sont effectués dans ces fosses laissées ensuite à l’air libre (épées, fourreaux d’épées, fers de lance, lingots de fer …). Ces objets peuvent être complets ou fragmentaires. Ils montrent parfois des déformations ou mutilations volontaires caractéristiques des pratiques religieuses observées sur les nombreux sanctuaires celtiques étudiés. Dans un second temps, cet espace est transformé en une vaste place avec un sol aménagé (repéré sur plus de 1 200m²). Des puits sont ensuite régulièrement creusés autour de celle-ci pour accéder au niveau d’eau sous-jacent et dont les vertus magiques ou religieuses sont recherchées. Entre 150 et 200 objets déposés aux abords de l’édifice religieux ont été récoltés, soit dans l’espace de la dépression naturelle soit dans certaines structures voisines de l’agglomération.

L’abandon de l’agglomération gauloise

L’agglomération gauloise d’Allonnes est abandonnée vers le changement d’ère, probablement au bénéfice d’une nouvelle agglomération antique, qui pourrait être le bourg actuel situé à environ 800 m. Des infrastructures antérieures, seul l’ancien sanctuaire a été conservé et a fait l’objet au cours de la première moitié du Ier siècle de notre ère d’une reconstruction suivant des critères architecturaux gallo-romains. Une architecture maçonnée remplace ainsi l’ancien édifice religieux en terre et bois tout en conservant globalement sa morphologie et ses proportions.  Les pratiques votives au sein du temple se poursuivront jusqu’au IVe siècle, période de destruction du monument coïncidant au développement du christianisme en Gaule. L’ancien monument païen sera démantelé et la dépression de l’ancienne place gauloise où s’opéraient les manifestations cultuelles et les offrandes d’armement sera entièrement colmatée pour une remise en culture de la parcelle.

L’importance du lieu de culte pour le territoire et les populations locales peut être mesurée à l’aune de sa durée de fonctionnement d’environ 6 siècles entre les périodes gauloise et gallo-romaine. Par ailleurs, en deçà des offrandes d’objets en fer s’effectuant à l’extérieur du temple, c’est près de 300 monnaies gauloises et gallo-romaines qui ont été récoltées et qui illustrent cette fois la pratique d’offrandes régulières directement au sein du sanctuaire associé à l’agglomération.
Les vestiges mis au jour relèvent ainsi d’une information scientifique de première importance et offrent une configuration inédite à l’échelle européenne pour comprendre les pratiques religieuses de cette période et leur imbrication dans la vie d’une agglomération artisanale et commerciale intégrée dans son territoire.
 

Aménageur : Commne d'Allones (phase 1, Drac Pays de la Loire (phase 2)
Contrôle Scientifique : SRA, Pays de la Loire
Recherches archéologiques : Elven Le Goff, Inrap​