Une fouille archéologique menée par l’Inrap a été prescrite par l’État préalablement à l’élargissement de la station de tramway « Quatrans » (lignes 1) dont les travaux sont menés par la communauté urbaine Caen La Mer. D’une emprise de 1440 m², elle fait suite aux découvertes des vestiges bâtis révélés par le diagnostic archéologique en février 2017, également effectué par l’Inrap. L’opération a débuté le 05 décembre 2017 et s’est poursuivie jusqu’au 2 février 2018, selon trois zones d’étude.

Dernière modification
09 août 2018

L’emprise se situe dans un quartier d’habitations qui s’est développé le long de la rue de Geôle, dénommée rue Cathehoulle au Moyen Âge, axe principal du bourg castral dès le XIIsiècle.

Un développement progressif de l'habitat

Les plans anciens établis entre le XVIe et le XVIIIe siècle montrent un développement progressif de l’habitat de ce côté de la rue. Les bâtiments donnant sur la voirie sont associés, à l’arrière, à des parcelles closes de murs et perpendiculaires au fossé d’enceinte du château. Progressivement, la création de bâtiments d’habitation, de bâtiments commerciaux et d’annexes utilitaires se densifie. Le comblement du fossé d’enceinte dans le courant du XVIIIe siècle accentue ce phénomène par la création d’un chemin le long du rempart, les façades de certains des nouveaux bâtiments s’orientant désormais vers le château. Les bombardements alliés intervenus en juin et juillet 1944 détruisent et endommagent une grande partie du quartier. Lors de la Reconstruction, ce qu’il reste des édifices est finalement arasé et la rue de Geôle élargie. Les futurs travaux d’agrandissement de la station de tramway « Quatrans » impactent les parcelles de fond de cour.

Une évolution de l'occupation au fil des siècle

Le diagnostic puis la fouille ont permis d’identifier l’occupation de la zone sur plusieurs phases entre le XIe et le XIXe siècle. Les premiers vestiges, contemporains des premières phases de construction du château (XIe-XIIe siècle), se caractérisent par un aménagement en terrasses du promontoire. La terrasse identifiée au nord de l’emprise est ainsi bordée par un mur maçonné de manière très soignée. Un four a été condamné au XIIe siècle et fait partie des premiers témoins d’occupation.

Lors d’une seconde phase, entre le XIIe et le début du XIVe siècle, des fosses d’extraction du substrat calcaire ont été creusées : un « chapelet » de quatre fosses sont remblayées entre le XIIIe et le XIVe siècle comme en témoignent les nombreux tessons de céramique prélevés dans leurs comblements. Après la mise en place d'un épais remblai de nivellement au milieu du XIVe siècle, ont été construits des murs correspondant à des limites parcellaires. Ces parcelles de forme allongées sont vraisemblablement des cours et/ou des jardins distribués à l'arrière du bâti qui se développe le long de la rue de Geôle. La distribution spatiale des fosses d'extraction correspond également à celles de limites parcellaires postérieures, ce qui permet de supposer un développement de l'habitat raisonné voire programmé dans la seconde moitié du XIVe siècle. Cette hypothèse sera examinée plus en détail grâce à l'étude archéologique et à l'examen d'éventuelles sources d'archives.
Notons que malgré le développement de l’habitat jusqu'au début du XXe siècle, le souvenir topographique de la terrasse et des parcelles de forme allongée médiévales est encore perceptible dans la topographie de la zone sur le cadastre du début du XIXe siècle.

Lors d’une troisième phase, immédiatement après la mise en place de ces remblais parfois épais de plus de deux mètres, les premiers témoins d’habitats médiévaux datables de la première moitié du XIVe siècle ont été dégagés : une fosse dépotoir dont les nombreux mobiliers (vaisselle en céramique, verre et faune), témoigne des premiers indices d’occupations bâties de la zone ; un petit bâtiment à quatre espaces (dont des latrines) construit sur solins constitués de blocs de calcaire liés à la terre, a été édifié dans les remblais de carrière. Un puisard aménagé à l’aide de deux voûtes en plein cintre lui est contemporain. La fouille a également permis de dégager les caves et les fondations d’édifices civils construits entre le XVIe et le XVIIIe siècle : deux caves remblayées au XVIIIe siècle ainsi que sept bâtiments témoignent ainsi du développement de l’habitat en fond de parcelles alors subdivisées. La plupart des édifices est très endommagée lors des bombardements de juin 1944, les bâtiments arasés et les caves remblayées lors de la Reconstruction.