Depuis mars 2007, une fouille archéologique préventive est menée sur la dernière tranche d'aménagement du lotissement de la ZAC de La Plaine à Vitry-sur-Orne (Moselle).

Dernière modification
10 mai 2016

Prévue jusqu'à la fin de l'année, sur une surface de 2,5 ha, elle permet, pour les périodes mérovingienne (VIe-VIIe siècles) et médiévale (VIIIe-XVe siècles), de compléter les résultats obtenus depuis 2002 lors des trois campagnes précédentes. Les archéologues ont mis au jour l'extension est de l'ancien village de Vallange. Au terme de cette dernière phase de recherches, ce dernier aura été étudié sur plus de 200 m de long.

 

 


Le contexte archéologique

Les plus anciens vestiges identifiés sont des traces de maisons en terre et bois du Néolithique ancien (5 000 ans avant notre ère). Elles témoignent de la sédentarisation de l'homme et de l'apparition des premiers agriculteurs. À la fin de l'âge du Fer, dès le début du Ier siècle de notre ère, la romanisation des campagnes gauloises est marquée par l'édification d'une villa à Vitry-sur-Orne. Grâce à son implantation et à son orientation, elle dominera durant trois siècles la large vallée de l'Orne. Mais, au IIIe siècle, des crises politiques et sociales entraîneront sa destruction. L'économie et le monde rural vont dès lors profondément se transformer. Jusqu'au début du VIe siècle, quelques maisons seront construites le long d'un chemin à l'aide de matériaux récupérés sur les ruines de l'ancienne villa.

Naissance du village mérovingien au VIe siècle

Les fouilles réalisées par le passé ont permis d'identifier un ensemble artisanal, composé d'une cour autour de laquelle se répartissent des petites cabanes creusées dans le sol, des fours, des foyers et un puits. La découverte de nombreux résidus de fer -  scories ou déchets issus de la transformation du minerai, culots de forge et résidus divers accumulés au fond du foyer - attestent une activité métallurgique. Les fouilles actuelles ont permis la mise au jour de quatre à six maisons réparties le long d'un chemin se dirigeant vers le quartier artisanal. S'agit-il d'habitation, de granges ou d'étables ? Les prélèvements effectués par les spécialistes dans le sol des bâtiments permettront de le dire. Le carpologue (spécialiste de l'étude des graines) pourra, grâce aux échantillons de graines, définir les espèces végétales cultivées par cette population.

Des arpenteurs à Vallange au VIIIe siècle

Si Vallange est mentionné dans les textes en 1005 et peut-être plus anciennement en 848 avec la mention « Wanolvingas », les restes matériels issus des fouilles archéologiques permettent de dater la fondation du village du début du VIIIe siècle et son abandon du XVe s. Dès sa création, Vallange s'organise comme un village-rue. De part et d'autre d'une voie élargie d'usoirs* se répartissent des maisons à l'arrière desquelles se trouvent les jardins puis les champs. On a longtemps pensé que pour mesurer les terres, l'homme avait recours à des techniques rudimentaires comme le jet de pierre ou la portée de voix. Néanmoins, les observations faites lors des premières fouilles à Vitry-sur-Orne permettent de parler de « planification ». Le village a été fondé sur la volonté d'un pouvoir local ou religieux avec la collaboration d'arpenteurs qui mesuraient, bornaient et établissaient des procès-verbaux. Ces découvertes révolutionnent les connaissances en matière d'archéologie médiévale. 

Une nouvelle architecture domestique au XIIIe siècle

Jusqu'au XIIe siècle, les maisons paysannes sont de simples constructions en terre et en bois sous un toit de chaume. Elles sont organisées en unités d'exploitation juxtaposées, chacune étant divisée en deux cellules réparties de part et d'autre de la rue pour séparer activités domestiques et agricoles. Une trentaine de bâtiments de ce type est dénombrée à Vallange. Au XIIIe siècle, l'ossature principale des maisons est toujours à pans de bois mais les poteaux porteurs reposent désormais sur de gros dés en calcaire pour éviter le pourrissement. Cette innovation architecturale permet aux habitants de Vallange de construire des maisons plus spacieuses et plus faciles à entretenir. Elles regroupent sous le même toit les hommes, les animaux et les récoltes. C'est ainsi que naît le concept de la « maison-bloc » encore visible aujourd'hui dans les villages lorrains.

Le tissage : une longue tradition

La pratique de cet artisanat dans des cabanes creusées dans le sol permettait de maintenir le degré d'humidité nécessaire à la solidité des fils travaillés. De ces infrastructures, on ne retrouve que l'empreinte des poteaux fichés dans le sol et les outils nécessaires au tissage et au travail du textile en général (broches de tisserand et aiguilles en os, fusaïoles en calcaire ou en terre cuite). De très nombreuses cabanes excavées sont identifiées à Vallange. Associées aux unités d'exploitation, on les retrouve tantôt dans les usoirs, tantôt à l'arrière des bâtisses. Elles apparaissent sous la forme de grandes fosses rectangulaires aux angles arrondis. D'une profondeur maximale de 0,50 m, leur surface au sol est comprise entre 6 et 10 m2. Elles sont datées du VIIIe au XVe siècle, même si au cours des deux derniers siècles leur nombre semble se réduire.